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Joseph-Pierre Ouellet
Thème : Territoire et ressources

Joseph-Pierre Ouellet, un architecte de renom (1871-1959)

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. Notre-Dame-des-Monts, 2 octobre 2002.


L’architecte Joseph-Pierre Ouellet a marqué l’histoire de l’architecture religieuse du Québec de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Né à Saint-Fidèle dans Charlevoix, Joseph-Pierre Ouellet est le fils de Cyrias Ouellet, un architecte originaire de Kamouraska qui a œuvré comme entrepreneur général sur la Côte-du-Sud, dans les Cantons de l’Est et dans Charlevoix. Diplômé de l’Université Laval en 1889 et de l’association des Architectes de la province de Québec en 1893, Joseph-Pierre Ouellet pratique comme architecte et évaluateur à son bureau privé situé sur la rue Sainte-Famille à Québec. Entre 1912 et 1918, il est architecte superviseur du gouvernement fédéral. En 1950, il démissionne comme architecte. Il meurt à Québec le 4 février 1959, à l’âge de 87 ans. 
 
Joseph-Pierre Ouellet est l’auteur des plans de nombreuses églises de Charlevoix qui ont été malheureusement le plus souvent la proie de flammes : l’église de Baie-Saint-Paul érigée 1908 et incendiée en 1962; l’église de Saint-Hilarion construite en 1900 et détruite par les flammes en 1923; l’église de Saint-Urbain construite en 1925 et incendiée en 1954. En 1902, Joseph-Pierre Ouellet effectue le parachèvement de l’intérieur de l’église de Saint-Siméon mais ce temple aussi est détruit par le feu en 1980. Heureusement, l’église de Pointe-au-Pic construite en 1917 existe toujours afin de témoigner du talent d’architecte de Joseph-Pierre Ouellet.
 
Quelques caractéristiques des églises signées par Joseph-Pierre Ouellet révèlent le style original de leur auteur. Ainsi, la façade de l’église actuelle de Baie-Saint-Paul conserve une caractéristique propre à Joseph-Pierre Ouellet soit la disproportion des clochers. L’architecte accentue davantage ce type de façade en 1902 avec la construction de l’église de Saint-Ferréol-les Neiges où une tour imposante côtoie une tour minuscule. La façade de l’église de Baie-Saint-Paul de 1908 possède cette caractéristique mais avec une disproportion moins grande entre les tours. Cette façade est conservée avec la reconstruction de l’église de Baie-Saint-Paul terminée en 1964. Cette caractéristique souvent remarquée par des observateurs n’est donc pas une incongruité causée par le manque d’argent de la fabrique mais bien un élément caractérisant certaines façades d’églises réalisées par l’architecte Joseph-Pierre Ouellet.
 
L’intérieur de cette église de Baie-Saint-Paul malheureusement détruite par un incendie en 1962 rappelle plus celui d’une cathédrale que d’une simple église paroissiale. Cette description architecturale réalisée par un historien de l’art exprime toute la richesse de ce décor : « son élévation centrale est formée de grandes arcades ogivales toutes symétriques, tant dans la nef que dans le chœur... les bas-côtés reprennent des éléments de l’élévation centrale, mais s’en différencient toute de même. Les retombées des voûtes d’ogives de chaque travée se font, sur le mur latéral de l’édifice, sur des piliers composés qui s’arrêtent sur un culot à la hauteur de l’entablement de la tribune des transepts. Chaque travée est éclairée par une haute fenêtre. L’espace libre sous la voûte est occupé par une mouluration en forme d’arc, sertie d’un relief décoratif au centre... » Malheureusement, il n’existe plus que quelques photos qui témoignent de cet ensemble architecturel unique conçu par Joseph-Pierre Ouellet.
 
L’architecte et historien de l’art Luc Noppen relève les éléments spécifiques des premiers plans de Joseph-Pierre Ouellet : « Le chevet, composé d’un choeur de deux travées et d’une abside à trois pans égaux est greffé à un édifice rectangulaire de forme allongée. La tour unique fait une avancée en façade et le chœur est pourvu de deux sorties qui donnent accès à la sacristie. Pour assurer ce passage direct, Joseph-Pierre Ouellet utilise les deux espaces en forme de triangle libérés par les pans inclinés. Ces réduits donnent accès à la sacristie construite dans le prolongement du chœur. À Pointe-au-Pic, en 1917, il utilise le même procédé, cette fois sans édifier une sacristie à l’extérieur. »
 
Joseph-Pierre Ouellet est aussi chargé de concevoir un nouvel intérieur à l’église de Pointe-au-Pic en 1936. Le résultat est somptueux comme le décrit ce relevé effectué en 1987 : « ...la voûte arrondie évoque le style gothique. Il faut noter la symbolique et toute la richesse du détail qui compose ce dôme. La voûte se poursuit jusqu’au niveau du chœur adoptant cette fois la forme d’un demi-cercle, surmontée d’une colombe au-dessus de l’autel central. »Sans doute, faut-il admirer avec plus d’attention le décor et l’église de Pointe-au-Pic dont les plans sont réalisés par Joseph-Pierre Ouellet car ce temple paroissial est le seul de notre région à avoir conservé son intégrité exprimant le talent exceptionnel de cet architecte de renom originaire de la région de Charlevoix.


Bibliographie :

Gagnon, Patrice (sous la direction de Serge Gauthier). Les églises de Charlevoix: un patrimoine à découvrir. Pointe-au-Pic, CRP de Charlevoix, 1987. 76 p.
Noppen, Luc, Claude Thibault, Pierre Filteau. La fin d’une époque. Joseph-Pierre Ouellet architecte. Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1973. 139 p.
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