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L’Orphelinat apostolique de La Malbaie
Thème : Société et institutions

L’Orphelinat apostolique de La Malbaie

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. Notre-Dame-des-Monts, 2 octobre 2002


Fondé en 1917, par l’abbé Marcellin Hudon, alors curé de la paroisse, l’Orphelinat apostolique de La Malbaie a connu des débuts modestes. Au départ, il accueille six enfants seulement. Mais, en 1919, sous la supervision des Sœurs Antoniennes de Marie de Chicoutimi, il héberge déjà trente-deux enfants. Il faut alors songer à construire un nouvel édifice afin de remplacer la vieille maison qui sert jusqu’alors à accueillir les orphelins.
 
La nouvelle construction est réalisée d’après les plans de l’architecte d’origine charlevoisienne Joseph-Pierre Ouellet. Toute la population doit contribuer: la rumeur rapporte qu’à cette époque l’Orphelinat apostolique de La Malbaie compte autant de bienfaiteurs qu’il y a d’habitants dans cette localité! Le coût de la réalisation du nouvel édifice est défrayé par des collectes, par la Guignolée, par des achats de brique par les paroissiens, par l’organisation de spectacles publics. Cette sollicitation rapporte 21 000 $ ce qui permet d’entreprendre les travaux de finition de l’intérieur de la bâtisse. Les Sœurs Antoniennes récoltent finalement la somme totale de 38 000 $ en l’espace d’une seule année.
 
La mort du curé Marcellin Hudon en 1923 s’avère un moment difficile à passer dans l’histoire de l’Orphelinat apostolique de La Malbaie. Jusque là l’abbé Hudon avait vu à la gestion de l’Orphelinat. Les Sœurs Antoniennes relèvent toutefois très rapidement le défi de remplacer le fondateur de l’institution. Elles reçoivent aussi l’appui constant des paroissiens de La Malbaie.
 
En 1930, l’Orphelinat apostolique de La Malbaie est en bonne situation financière. La construction d’appartements pour les religieuses, d’un dortoir, d’une buanderie, d’une chapelle et d’une salle commune sous les plans de l’architecte Sylvio Brassard permettent d’améliorer les services offerts par l’orphelinat, en plus d’assurer un peu plus de confort aux sœurs responsables de l’établissement.
 
L’Orphelinat apostolique de La Malbaie héberge des enfants sans famille. La maison accueille aussi des pensionnaires et des externes. Le nombre d’écoliers fréquentant l’orphelinat s’élève ainsi jusqu’à 150. Les conditions de vie semblent bonnes à l’orphelinat comme en témoigne cet extrait provenant d’un ancien pensionnaire:
 
« Pendant mes trois années de pensionnat, je ne me souviens pas d’avoir souffert de la nourriture. Les gens de La Malbaie nous manifestaient beaucoup d’attention, surtout à l’occasion de la « guignolée » annuelle. Un petit détail me revient : lorsque l’on nous servait de la bouillie, si t’avais entre 6 et 9 ans, t’avais droit à une demi-tranche de pain, à 10 ans, une tranche, à 11 ans, une tranche et demie...Les plus âgés se chargeaient de la vaisselle. Le samedi soir, sœur Rita ouvrait précieusement sa petite armoire secrète et verrouillée pour leur distribuer des petits lapins en chocolat. »
 
En 1964, l’Orphelinat apostolique de La Malbaie change de vocation et devient l’École Bellerive. Reconnue comme une organisation d’assistance publique, le lieu jouit de l’appui financier de l’état québécois. Les œuvres charitables qui soutiennent l’orphelinat jusqu’alors cessent d’exister. En 1969, le ministère de l’Éducation du Québec décide que les enfants orphelins seront désormais hébergés dans des familles et l’orphelinat apostolique doit, du même coup, fermer ses portes.
 
La bâtisse de l’Orphelinat est réaffectée en résidence pour personnes âgées. En 1971, après cinquante-quatre années passées à La Malbaie, les Sœurs Antoniennes de La Malbaie retournent définitivement à Chicoutimi. Ne reste que le souvenir de l’ancien orphelinat dont certains anciens témoignent encore : 
 
« J’ai gardé de mon séjour à l’Orphelinat un souvenir profond et impérissable. Toutes ces religieuses Antoniennes de Marie, nous ont donné l’exemple du devoir, du dévouement, de la piété, de la confiance en l’avenir... Pas surprenant que, chaque fois que je passe à La Malbaie, j’aie le goût de m’y arrêter et de contempler ce merveilleux coin de terre. »


Bibliographie :

Gauthier, Serge. « L’Orphelinat apostolique de La Malbaie », Le Journal de Charlevoix, 2, 18, 22 août 1993, p. 18.
Martel, Jean-Maurice. « Souvenirs de mon séjour à l’école apostolique de La Malbaie », Revue d’histoire de Charlevoix, 20, novembre 1994, p. 9- 11.
 
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