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Le journaliste Olivar Asselin
Thème : Société et institutions

Le journaliste Olivar Asselin. Une enfance à Saint-Hilarion de Charlevoix (1874- 1880)

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix, 22 mars 2002


Le journaliste Olivar Asselin s’impose comme un personnage majeur de l’histoire du Québec. Il a participé ou fondé des journaux qui ont marqué leur époque: Le Nationaliste, Le Canada, L’Ordre, La Renaissance, La Patrie et même Le Devoir qui existe encore de nos jours dont Olivar Asselin est l’un des fondateurs avec Henri Bourassa. Olivar Asselin s’implique aussi dans les luttes politiques du début du 20e siècle comme en témoigne l’imposant travail biographique accompli par Hélène Pelletier-Baillargeon. Ce journaliste né dans le village charlevoisien de Saint-Hilarion en 1874 quitte cette localité avec toute sa famille en 1880, alors qu’il n’a que six ans. Sa pensée politique reste marquée sa vie durant par ce court moment de son enfance vécue dans Charlevoix.
 
Fils de Rieule Asselin et de Cédulie Simard originaires de Baie-Saint-Paul, Olivar Asselin est issu d’une famille où les revenus sont très modestes. Ses parents s’établissent à Saint-Hilarion peu après leur mariage le 24 janvier 1868. Olivar Asselin écrit au sujet de son père que c’était « un homme simple et juste qui, toute sa vie, fut un honnête travailleur ». Rieule Asselin travaille comme cultivateur sur sa pauvre terre de roches de Saint-Hilarion. Il est aussi un tanneur de métier ce qui à l’époque est fort utile notamment pour la confection des chaussures. Olivar Asselin vient au monde le 8 novembre 1874. Il est le quatrième enfant d’une famille qui en comptera onze. 
 
Il y a peu de chose à dire sur la famille de Rieule Asselin. Tout semble simple et banal si ce n’est que Rieule Asselin s’engage sur le plan politique. Dès son arrivée en 1868 à Saint-Hilarion, un village naissant encore désigné sous le nom d’origine de Canton Settrington, Rieule Asselin occupe le poste de maire de la localité jusqu’en 1874 et à nouveau entre 1879 et 1880. Rieule Asselin sait lire et compter, c’est en quelque sorte un notable de Saint-Hilarion dont la population est alors formée surtout de cultivateurs dénués de toute instruction. À cette époque, l’administration d’une municipalité de Charlevoix se limite à peu de choses: l’entretien des chemins, le choix d’officiers municipaux, l’adoption de modestes budgets...Il est toutefois difficile de connaître les détails plus précis de l’administration de Rieule Asselin à titre de maire puisque les procès-verbaux de la municipalité de Saint-Hilarion de 1868 à 1881 sont aujourd’hui détruits. Ce fait témoigne-t-il de la période politique troublée vécue alors à Saint-Hilarion? Rien ne l’affirme mais cela est possible...
 
Rieule Asselin est un libéral sur le plan politique. Il possède à ce chapitre une pensée assez avant-gardiste pour le temps. Très tôt, il entre en opposition avec le curé de la paroisse, l’abbé Langlais, plutôt d’allégeance conservatrice et ce fait génère des conflits. Le premier sujet de discorde porte sur le parachèvement du presbytère. Rieule Asselin occupe aussi la fonction de marguiller et il exige qu’une somme de 300$ donnée par la municipalité à la Fabrique soit versée à l’agrandissement du presbytère, alors que le curé Langlais souhaite plutôt conserver cette somme à d’autres fins. Le conflit s’envenime en lien avec le procès politique de l’influence indue de 1876 opposant le candidat libéral Pierre-Alexis Tremblay et le conservateur Hector Langevin auquel Rieule Asselin est associé à titre de témoin.
 
Le procès doit déterminer si les curés de Charlevoix sont intervenus trop directement en faveur du candidat conservateur lors de l’élection fédérale du 20 janvier 1876 dans le comté de Charlevoix. L’abbé Langlais, curé de Saint-Hilarion, est l’un des curés les plus associés à cette cause puisqu’il a ouvertement du haut de la chaire incité ses paroissiens à ne pas voter libéral. Rieule Asselin témoigne de ce fait lors de ce procès et par la suite son curé le poursuit de son opprobre. Par exemple, lors du jour de l’An 1877, le curé Langlais évite de se rendre offrir ses vœux à la famille de Rieule Asselin lors de sa tournée paroissiale. C’est une très grande insulte et l’ensemble des habitants de la paroisse perçoit alors Rieule Asselin comme un être un peu proscrit à cause de ses revendications politiques.
 
Cette triste histoire amène-t-elle Rieule Asselin à quitter Saint-Hilarion vers Mont-Joli en 1880? Olivar Asselin l’affirme dans une texte très clair à ce sujet : « avec beaucoup d’autres bons citoyens, de 1870 à 1880, (mon père) eut à souffrir l’hostilité et parfois les persécutions du clergé de Charlevoix, parce qu’il ne voulait pas reconnaître pour envoyé de Dieu Sir Hector Langevin, ministre concussionnaire, protégé de l’épiscopat, mort depuis, déshonoré. » La famille Asselin quitte ensuite Mont-Joli pour les États-Unis puis revient à Montréal. C’est une famille un peu errante à la recherche d’un meilleur sort que celui vécu à Saint-Hilarion dans Charlevoix.
 
Au début du 20e siècle, Olivar Asselin fait sa marque comme journaliste d’opinion. C’est un homme engagé qui défend des causes plutôt que chercher à s’enrichir. Ce fait l’honore et quand il meurt en 1937, son talent est reconnu par tous. Il est considéré de nos jours comme l’un des plus grands journalistes du Canada-français. Olivar Asselin n’oublie pas Saint-Hilarion « sa terre ardente et sauvage » comme il l’écrit où son père l’a précédé dans la voie de l’engagement et de la défense de la libre opinion même au détriment de son bien-être personnel et de sa famille. Un exemple qui oriente toute la vie parfois orageuse d’Olivar Asselin.
 
 
Bibliographie :

Gauthier, Serge. « Saint-Hilarion au temps d’Olivar Asselin (1874-1880) », Revue Charlevoix, hors série 2, mai 1995, p. 2- 5.
Gagnon, Marcel-A. La vie orageuse d’Olivar Asselin. Montréal, Éditions de l’Homme, 1962. 302 p.
Pelletier-Baillargeon, Hélène. Olivar Asselin et son temps. Montréal, Fides, 1996. 777 p.
 
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