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L’histoire du Manoir Richelieu
Thème : Société et institutions

L’histoire du Manoir Richelieu. Première époque: le Manoir de bois (1898-1928)

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. La Malbaie, 7 juillet 2002


Depuis le milieu du XIXe siècle, le secteur de Pointe-au-Pic accueille de nombreux touristes et estivants. À cette époque, ces visiteurs se rendent dans la région par la voie de la croisière du Saguenay dirigée par la Richelieu Ontario et ce à bord de somptueux bateaux à vapeur. Cette clientèle huppée, composée surtout d’anglophones dont l’origine est américaine ou canadienne, débarque au quai de Pointe-au-Pic en nombre sans cesse croissant. Plusieurs d’entre eux séjournent dans des maisons de pension ou des auberges, certains deviennent des villégiateurs notamment sur le boulevard des Falaises à Pointe-au-Pic où s’érigent de nombreuses villas, mais il n’existe pas encore à la fin du XIXe siècle un hôtel de grand prestige dans le secteur.
 
La Compagnie Richelieu et Ontario souhaite bientôt combler ce vide afin de mieux desservir sa clientèle de croisiéristes. Cette entreprise opère déjà l’Hôtel Tadoussac et ses dirigeants songent à doter Pointe-au-Pic d’un établissement du même genre. La décision de construire le premier Manoir Richelieu revient notamment à Rodolphe Forget, un dirigeant de la Richelieu Ontario qui devient député fédéral de Charlevoix en 1904 et qui se fait ériger un magnifique domaine à Saint-Irénée. C’est l’architecte Edward Maxwell qui se voit charger de réaliser les plans du nouvel hôtel. La firme W. Scott de Montréal obtient le contrat de construction.
 
Le premier édifice du Manoir Richelieu ouvre ses portes pour la saison estivale de 1898. Le bâtiment attire les regards émerveillés de ses premiers visiteurs. C’est une construction de quatre étages tout en bois reposant sur des poutres. La finition intérieure est faite en bardeaux taillés à la main. De magnifiques tourelles donnent une apparence imposante au bâtiment. Il possède aussi une somptueuse galerie se projetant en forme de demi-lune au centre d’où il est possible d’admirer une large vue sur le fleuve Saint-Laurent. L’intérieur est tout en bois avec comme ornement des poutres décoratives. Il y a aussi une grande salle d’entrée, une boutique d’artisanat avec une artisane de la région travaillant sur place devant son grand métier à tisser. L’éclairage se fait grâce à l’électricité produite par la Compagnie East Canada Power de la Chute Nairne (aujourd’hui Clermont). Quelques pannes d’électricité se produisent à l’occasion car la technologie est peu avancée en ce domaine et l’on revient alors à la bonne vieille lampe à l’huile.
 
Le premier Manoir Richelieu embauche très rapidement entre 300 et 400 employés. Il compte des appartements de service comme les cuisines, une boulangerie, une buanderie. Plusieurs employés peuvent résider à l’hôtel dans un espace réservé à cette fin mais où les hommes et les femmes sont logés séparément afin de respecter les bonnes mœurs La langue de travail et de service est uniquement l’anglais. Il faut dire que la plupart des clients sont anglophones. Certains d’entre eux sont très célèbres: des vedettes d’Hollywood comme Jean Harlow, Mary Pickford et Douglas Fairbanks, Charlie Chaplin et même un président américain du nom de William Taft ont séjourné au premier Manoir Richelieu.
 
Le succès du premier Manoir Richelieu est incontestable. Il jouit bientôt d’une réputation internationale. Les activités réservées à sa clientèle sont variées: golf, tennis, équitation, canotage, voile, excursions de pêche, pique-niques dans l’arrière-pays charlevoisien, randonnées en calèche, baignade, bridge. Le soir, il est possible de danser dans la salle de bal au son d’orchestre de grande réputation. Une vie de rêve au cœur de la belle nature de Charlevoix!
 
Mais le rêve s’interrompt le 12 septembre 1928. Le Manoir de bois, comme il est surnommé à l’époque, est à cette date totalement détruit par les flammes. Il ne reste alors que les cheminées de cet édifice marquant de l’histoire de Charlevoix dont il est difficile de dire s’il renaîtra bientôt. La Canada Steamship Lines qui a succédé à la Richelieu Ontario en 1913 est alors propriétaire du Manoir Richelieu. Ses dirigeants doivent prendre une décision rapide car la saison estivale de 1929 s’annonce déjà. Ces derniers décident de relever un défi gigantesque soit d’ouvrir un nouveau Manoir Richelieu pour l’été 1929. Le pari est relevé avec succès: un deuxième Manoir Richelieu prend alors sa place dans l’histoire.


Bibliographie :

Gauthier, Serge. « La petite histoire d’un grand hôtel », Revue d’histoire de Charlevoix, 25, juin 1997, p. 9-15.
 
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