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Le magnétisé de Sainte-Agnès
Thème : Société et institutions

Le magnétisé de Sainte-Agnès

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. Notre-Dame-des-Monts, 30 septembre 2002


La vie quotidienne des curés dans les paroisses de l’arrière-pays de Charlevoix au XIXe siècle n’est pas facile. D’abord les conditions économiques ne sont pas très bonnes et le curé reçoit de maigres dons sous la forme de dîmes le plus souvent en nature sous la forme de légumes et plus rarement de viande qui lui permettent à peine de se nourrir. Certains curés doivent faire de l’agriculture ou de l’élevage afin d’assurer leur subsistance. De plus, la mentalité et le mode de vie des habitants de l’arrière-pays est plutôt rugueux et ces milieux sont propices aux dissensions paroissiales. Un manuscrit d’un curé de Sainte-Agnès daté de 1850 montre ainsi que les paroissiens du temps ne sont pas tous fidèles aux préceptes de l’Église catholique et que certains d’entre eux s’intéressent à d’autres croyances.
 
La consultation des archives paroissiales apporte quelquefois des découvertes surprenantes comme c’est le cas d’une correspondance datée de 1850 entre le curé de Sainte-Agnès et l’Évêque de Québec. Le curé de Sainte-Agnès fait alors état de son inquiétude face aux agissements d’un magnétisé du nom de Louis Larouche habitant cette paroisse. Selon la lettre manuscrite du curé, Louis Larouche cherche à utiliser le magnétisme afin de trouver un trésor en argent afin de payer ses dettes car « il est fort mal dans ses affaires ».
 
Louis Larouche réussit même à intéresser quelques paroissiens à sa pratique et il se rend avec eux sur le cap aux Corbeaux à Baie-Saint-Paul afin de trouver un trésor caché. Le cérémonial utilisé par Louis Larouche en vue de trouver ce trésor est raconté par le curé de manière très descriptive : « Rendu sur la place, le magnétisé leur indique où est le trésor imaginaire: 12 pieds du côté des premières failles...à 12 pieds sous terre et pour réussir à extraire ce trésor ils devaient creuser en cercle autour du coffre pour boucher tout passage à l’esprit malin. »
 
Louis Larouche et ses compagnons ne trouvent finalement que du sable sur le cap aux corbeaux et le curé rapporte les faits : « parvenus à la profondeur indiquée, le magnétisé leur dit de creuser droit au coffre; en effet ils défoncent ce coffre qui leur parut de près aussi dur que des plaques de poêle, et ne trouvent que du sable... découragés de se voir ainsi joués. Ils étaient sur le point de tout quitter, mais l’orage, leur fit espérer que ce sable, après quelques temps, redeviendrait argent, de bien ramasser et de l’emporter. » Mais cette espérance est peine perdue et le sable reste du sable.
 
Le curé de Sainte-Agnès décrit finalement l’expédition comme un fiasco. De retour à Sainte-Agnès, Louis Larouche connaît un bien triste sort n’ayant pu prouver l’efficacité de sa pratique de magnétisé. Le document manuscrit du curé raconte que : « Ils ont emporté ce sable à Sainte-Agnès dans l’espérance qu’il redeviendrait argent. Louis Larouche, vers la fin d’août, en a porté à Québec, en a montré à plusieurs qui, comme il devait s’y attendre, se sont moqués de lui... »
 
Ce texte manuscrit daté de 1850 ne rapporte que le point de vue du curé. Mais la description du pasteur de Sainte-Agnès montre bien une opposition entre le point de vue de l’Église catholique et certaines autres doctrines ésotériques dont les idées circulent jusque dans un village éloigné comme Sainte-Agnès et en ce sens il possède un valeur historique intéressante sur les mœurs sociales du milieu du XIXe siècle dans Charlevoix.
 
 
Bbliographie :

Archives de l’Archidiocèse de Québec. Paroisse de Sainte-Agnès. 1850.
« Le Cap aux Corbeaux », Revue d’histoire de Charlevoix, 22, septembre 1995, p. 36-37.
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