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De Little Shop à Artisanat Charlevoix
Thème : Économie

De Little Shop à Artisanat Charlevoix (1915-1989)

Serge Gauthier. Historien et ethnologue. Président de la Société d’histoire de Charlevoix. Notre-Dame-des-Monts, 30 septembre 2002


La vente de produits artisanaux fabriqués dans Charlevoix connaît une grande vogue au début du 20e siècle auprès des touristes et des villégiateurs de passage dans la région. Le « Little Shop » de Pointe-au-Pic demeure sans nul doute le plus important commerce d’artisanat de Charlevoix. Ce commerce qui a pris le nom d’Artisanat Charlevoix en 1967 a existé de 1915 à 1989.
 
C’est en 1915 qu’Alcide Bergeron de Pointe-au-Pic fonde « Little Shop » Cette entreprise est créée grâce à l’appui financier de touristes et de villégiateurs canadiens et américains qui séjournent sur le Boulevard des Falaises à Pointe-au-Pic. Les débuts du nouveau commerce sont très modestes et à son ouverture seulement quelques rares articles sont mis en vente. Le nom de « Little Shop » semble ainsi approprié pour cette entreprise alors de très petite envergure.
 
En fait, à l’ouverture de « Little Shop » le propriétaire a de la difficulté à trouver des objets de fabrication artisanale dans Charlevoix. Cette production est alors limitée aux seuls besoins de la famille. Avec la création de « Little Shop », il est désormais possible pour la population de Charlevoix de fabriquer de l’artisanat et de le vendre dans le commerce en tirant de cette industrie un revenu supplémentaire fort appréciable. Avec le temps, un important réseau comprenant plus d’une centaine d’artisanes se forme et les rayons de « Little Shop » se remplissent de plus en plus. 
 
Le commerce prend vite de l’ampleur et « Little Shop » devient le principal fournisseur d’artisanat de la région. Vers 1925, la Canada Steamship Lines vend les produits de « Little Shop » sur les bateaux de la Croisière du Saguenay et au Manoir Richelieu. Les touristes et estivants apprécient grandement cette production et le propriétaire de « Little Shop » reçoit bientôt des commandes fort impressionnantes. La publicité engendrée par la vente des produits d’artisanat de Charlevoix par la Canada Steamship Lines amène « Little Shop » à vendre dans le commerce en gros à travers le Québec. Parmi d’autres, les compagnies Eaton et Dupuis et Frères vendent ainsi des produits d’artisanat distribués par « Little Shop » à leurs grands magasins de Montréal.
 
En 1945, l’entreprise est incorporée sous le nom de « Little Shop Inc. ». En 1952, Gérardine et Joseph-Édouard Harvey achètent « Little Shop » au coût de 52000 $. C’est une somme considérable qui témoigne bien de la rentabilité de « Little Shop » à cette époque. Toutefois, un incendie détruit l’entreprise en 1953. Le commerce est relocalisé et « Little Shop » poursuit ses activités sans aucune interruption. 
 
Un des produits les plus populaires vendus à « Little Shop » reste sans doute les fameux « Murray Bay socks ». En effet, les estivants du Boulevard des Falaises trouvent les soirées de Pointe-au-Pic plutôt fraîches et ils demandent aux artisanes de Charlevoix de leur fabriquer de chauds bas de laine. Vendus sous le nom de « Murray Bay socks » ces bas connaissent une très grande vogue assurant un succès commercial important à ce produit local.
 
En 1965, la Canada Steamship Lines met fin à la Croisière du Saguenay. La vente de produits d’artisanat ne cesse pourtant pas. Le marché reste même florissant. Selon la propriétaire Gérardine Harvey, « Little Shop » devenu « Artisanat de Charlevoix » en 1967 ne manque pas de recevoir encore une riche clientèle : « En dépit du fait que les touristes se faisaient moins nombreux, les commandes continuaient à affluer. La clientèle changeait. L’homme d’affaires Paul Desmarais ne manquait jamais l’occasion d’amener à la boutique ses riches visiteurs. Des scheiks, des têtes couronnées, les grands de ce monde ont donc défilé devant le comptoir de Gérardine Harvey ». 
 
Mais le grand âge rattrape la propriétaire de la célèbre boutique d’artisanat de Pointe-au-Pic. Devenue veuve, Gérardine Harvey opère seule son entreprise. Toutefois, les artisanes se font plus rares et il devient plus difficile d’approvisionner le commerce. Gérardine Harvey cesse d’opérer « Artisanat Charlevoix » en 1989.
 
La production artisanale dans Charlevoix est alors à son plus bas. Les artisanes se font rares. Les Charlevoisiennes occupent désormais des emplois bien plus rentables et moins exigeants que la fabrication d’œuvres artisanales. Pourtant la demande de produits artisanaux demeure importante et si « Little Shop » et « Artisanat Charlevoix » ont permis autrefois à de nombreuses Charlevoisiennes de travailler dans leur milieu, il n’est pas impossible d’imaginer que cette production artisanale puisse encore dans l’avenir créer des emplois culturels dans la région. 


Bbliographie :

Archives de la Société d’histoire de Charlevoix. Fonds « Little Shop » et « Artisanat de Charlevoix.1940-1989. Document manuscrit de J.E. Harvey : « Little Shop » Sa fondation. Son histoire.
Gauthier, Denis. « The Little Shop », Le Journal de Charlevoix, 2, 9, 20 juin 1993, p. 9-10.
 
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