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La fromagerie de la Chute Nairne
Thème : Économie

La fromagerie de la Chute Nairne (1890-1952)

Christian Harvey. Historien. Société d’histoire de Charlevoix. La Malbaie, 4 octobre 2002


Clermont est aujourd’hui reconnu à juste titre comme l’unique ville industrielle de Charlevoix. En effet, la construction d’une première usine de pâtes à papier en 1911 en a considérablement favorisé le développement. Néanmoins, l’agriculture occupe pendant longtemps une place importante. Dès 1800, des colons s’établissent dans le rang de la Chute et débutent la culture de ce sol riche de dépôts sédimentaires, l’un des plus fertiles de la région. Les quelques cultivateurs cultivent majoritairement du blé. Plusieurs se tournent par la suite vers l’industrie laitière dont l’essor est significatif dans la région dans les années 1880. À la fin du XIXe siècle, la plupart des localités de Charlevoix possèdent une fromagerie transformant le lait en ce produit alors en grande demande sur le marché anglais. Clermont ne fait pas exception. 
 
La production de fromage à la Chute Nairne débute vers 1890. La fabrique produisant du fromage cheddar est située sur la rive ouest de la rivière Malbaie, près du pont l’enjambant. Le propriétaire du bâtiment, Edgar Lapointe, vend le 9 mars 1921 la fromagerie et les édifices adjacents à Henri Tremblay. Le nouveau propriétaire fait également l’achat des fournitures d’Adélard Bradet opérant auparavant la fabrique pour le compte d’Edgar Lapointe. Henri Tremblay suit une formation et obtient en 1924 son diplôme de fabricant de fromage de l’École de laiterie de la Province de Québec. Henri Tremblay, avec l’aide de sa femme Marie-Anna Bergeron et des quelques apprentis, fabrique du fromage pendant 5 à 6 mois par année. La fromagerie n’est toutefois pas sa seule source de revenu. L’hiver venu, il se rend travailler dans un camp de bûcherons. Il devient par la suite employé à l’usine Donohue. À l’origine, la production est vendue en meules de cinq livres et en grains à la population de Clermont et des environs. Les meules de 90 livres, que la fromagerie produira quelques années plus tard, sont déposées dans des boîtes et acheminées à la Coopérative fédérée de Québec. 
 
Vers la fin des années 1920, la famille Tremblay débute la production du gruyère. Ce produit est alors écoulé à un prix plus élevé que le cheddar. À cet effet, des agrandissements sont apportés au bâtiment et une immense chambre froide ainsi qu’une glacière sont ajoutées. La production du gruyère nécessite également l’apprentissage d’une nouvelle technique de production. La famille Tremblay fait appel aux services de Pierre Robady, un Français d’origine suisse, afin de développer ce nouveau produit. Après deux jours au séchoir, une meule de fromage gruyère, pesant souvent près de 200 livres, doit reposer pendant plus de trois mois dans les caves avant d’être vendue. La fabrication de ce fromage cesse quelques années plus tard, malgré un certain succès. Les fournisseurs de lait n’acceptent plus le délai de trois mois avant d’obtenir les fruits de la vente de leur lait. 
 
La fromagerie revient alors à la production de cheddar. En 1945, le fils de Henri Tremblay, Lucien, qui vient d’obtenir son permis de fabricant de fromage de l’école de laiterie de Saint-Hyacinthe, pend la relève. La fromagerie de Clermont devra toutefois fermer ses portes en 1953 en raison d’un problème d’approvisionnement en lait, un problème qui touche également d’autres fabriques de Charlevoix. Le matériel utilisé est vendu à la Crémerie Saint-Fidèle et les permis sont transférés à la Crémerie de La Malbaie. La fromagerie est par la suite reconvertie en logement avant d’être finalement démolie en 1991.


Bibliographie :

Christian Harvey. « La production fromagère dans Charlevoix », Revue d’histoire de Charlevoix, Hors série 4, décembre 2001, p. 9-11.
Huguette Tremblay. « Sur les traces du passé de la Chute Nairne. L’histoire d’une fromagerie, d’une génération de Tremblay », Revue d’histoire de Charlevoix, Hors série 4, décembre 2001, p. 2-4. 
 
 
 
 
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