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John Nairne
Thème : Société et institutions

John Nairne (1731-1802). Un seigneur écossais à La Malbaie

Christian Harvey. Historien. Société d’histoire de Charlevoix, La Malbaie, 24 juillet 2002

 

Murray Bay désigne pour bon nombre d’Anglo-canadiens et d’Américains aux 19e et 20e siècles un site de villégiature important, étape obligée de la Croisière du Saguenay. Toutefois, qu’elle est origine de ce toponyme anglophone bien antérieur au phénomène touristique dans Charlevoix? En fait, il réfère à une seigneurie concédée en 1762 à un certain John Nairne. Militaire peu fortuné, il désire fonder à cet endroit une colonie écossaise et protestante au Canada et de tirer partie des revenus reliés à la propriété d’une seigneurie. Malheureusement, les espoirs de Nairne ne se concrétisent pas. 
 
John Nairne naît le 1er mars 1731 en Écosse. Après de brèves études à Édimbourg, il débute à 14 ans ce qui deviendra une longue carrière militaire. Nairne combat alors dans le 1er bataillon du Stewart’s Regiment, membre de la Scots Brigade, au service des Hollandais. De retour dans son pays en 1757, il obtient une commission dans le 78e d’infanterie à titre de lieutenant. C’est alors que son régiment se retrouve en Nouvelle-France et participe à diverses opérations militaires dont la prise Québec en 1759. Peu à l’aise sur le plan financier – il doit d’ailleurs emprunter 400 livres à James Murray pour acheter sa commission de capitaine – John Nairne décide de tenter sa chance dans ce nouveau territoire de l’Angleterre qu’est la « Province of Quebec ». 
 
Avec son compagnon d’arme Malcom Fraser, Nairne se rend en septembre 1761 dans le secteur de La Malbaie. Les deux militaires demandent à la suite ce cette visite une concession au gouverneur James Murray. John Nairne obtient alors la seigneurie de Murray Bay et Malcolm Fraser, Mount Murray. Les noms anglophones retenus rendaient ainsi hommage au gouverneur de la colonie. John Nairne décide alors de quitter l’armée avec demi-solde et vient s’établir dans sa seigneurie en compagnie de cinq compagnons d’arme. Il caresse alors le rêve de former à Murray Bay une colonie écossaise et protestante et de vivre à la manière des seigneurs français. À cet effet, il prend contact avec un ministre protestant de Québec, John Brooke, et avec d’autres en Angleterre. Ce sera en vain. La population protestante ne connaît pas la croissance espérée. Ce sont plutôt des Canadiens catholiques et francophones provenant des secteurs de l’île aux Coudres et de Baie-Saint-Paul qui viennent bientôt s’établir à Murray Bay. Les quelques Écossais sur place se marient alors à des Canadiennes en prenant leur religion et leur langue. 
 
La venue de Canadiens catholiques et francophones déplaît à John Nairne. Il critique vivement le culte catholique qui freine selon lui le progrès de la seigneurie en raison des nombreuses fêtes religieuses nuisant notamment à l’agriculture. En 1801, il tente encore un dernier effort en invitant un pasteur protestant francophone à Murray Bay. Le projet échoue de nouveau. John Nairne s’établit néanmoins en permanence dans sa seigneurie de Murray Bay dans un magnifique manoir qu’il se fait construire et qu’il dote d’une bibliothèque. Il apprécie la rivière Malbaie où l’on retrouve une quantité importante de saumon, ce qui lui rappelle son Écosse natale. Il invite ainsi des amis à son manoir afin d’y pratiquer la pêche et même la chasse. John Nairne est en quelque sorte l’un des premiers à accueillir des « touristes » dans la région de Charlevoix…
 
L’existence du régime seigneurial dans la colonie doit, selon Nairne, lui permettre d’améliorer son sort. En effet, il désire tirer les revenus divers reliés à la propriété de sa seigneurie de Murray Bay. Toutefois, les débuts sont difficiles car il n’y a pas beaucoup de revenus sans colons. À son arrivée en 1762, les habitants de Murray Bay logent dans une seule maison, reliés au reste du monde par aucune route! En 1764, la concession des terres aux colons débute. Nairne garde pour sa part à titre de domaine un immense territoire où il met en opération trois fermes. De 1775 à 1783, il délaisse Murray Bay et retourne à sa carrière de militaire lors de la guerre contre les États-Unis. Après 1780, la seigneurie de Nairne connaît un développement rapide. En 1798, la paroisse compte plus de 500 habitants, des moulins à farine et à scie, des poissonneries, des champs en culture. Nairne vend également des marchandises par bateau à Québec. Le seigneur est alors plus à l’aise. Un jour, un groupe d’habitants se rebellent devant ses supplications de cesser la pêche au flambeau dans la baie de la rivière Malbaie. Nairne désire alors tirer profit de cette pêche. Il faut le concours du prêtre de l’endroit pour calmer les esprits alors bien échauffés. 
 
En 1802, Nairne, malade, est transporté à Québec où il décède le 14 juillet. Son projet de former une colonie écossaise à Murray Bay aura été un échec. Peu nombreux, ses compatriotes se marient à des Canadiennes catholiques et apprennent le français. John Nairne n’a laissé aucune descendance. Son seul fils encore vivant, Thomas, est mort en service en 1813 toujours célibataire. 


Bibliographie :

Roy, Jacqueline. « John Nairne », dans Dictionnaire Bibliographique du Canada, Volume V, de 1801 à 1820, p. 683-685. 
Wrong, Georges. Canadian Manor and its seigneurs, the story of a hundred years 1761-1861. Toronto, 1908. 295 p. 
 
 
 
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