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Une industrie charlevoisienne : Donohue
Thème : Économie

Une industrie charlevoisienne : la papetière Donohue

Christian Harvey. Historien. Société d’histoire de Charlevoix. La Malbaie, 6 août 2002.


Le New York Times est l’un des grands quotidiens des États-Unis. Son édition du dimanche, volumineuse, demeure fort recherchée par les résidents du Big Apple. Peu de new-yorkais connaissent toutefois la provenance du papier journal utilisé pour son impression : la petite ville industrielle de Clermont, au Québec. En effet, formé au début du 20e siècle, sur les rives de la rivière Malbaie, un géant des pâtes et papiers à pris racine dans cette localité et déroulé son papier journal jusqu’aux États-Unis: la papetière Donohue. Malgré des débuts difficiles, la compagnie Donohue connaît une forte croissance après 1935 devenant le principal employeur de la région. Devant la volatilité des marchés, Donohue signe des ententes notamment avec le New York Times, devient en 1971 la propriété du gouvernement du Québec et est intégrée à Abitibi Consolidated. 
 
À la fin du 19e siècle, l’essor des grands quotidiens américains notamment amène à une forte croissance de la demande de papier journal. Des usines de pâtes et papiers sont alors érigées au Québec dans l’Outaouais et à Trois-Rivières; les investisseurs comptent sur les prix élevés du papier journal afin de réaliser des bénéfices intéressants. En 1900, The Labrador Electric and Pulp Company est incorporée. Formée majoritairement d’actionnaires montréalais, cette entreprise envisage d’harnacher les eaux de la rivière Malbaie dans la région de Charlevoix afin d’alimenter en électricité l’est de la région et actionner les turbines d’une usine de pâte. En 1903, l’homme d’affaire Rodolphe Forget fait son entrée au Conseil d’administration et en devient progressivement le principal actionnaire. En 1909, Rodolphe Forget fonde la East Canada Power and Pulp Co Limited qui, un an plus tard, fait l’acquisition de la Labrador Electric. La production d’électricité étant déjà enclenchée, Forget mène à bien la deuxième phase du projet : la construction d’usine de pâte. 
 
En 1911, débute la construction de l’usine de pâte mécanique à La Malbaie, dans le secteur de la Chute Nairne (actuellement Clermont). Les activités s’enclenchent au printemps 1912. Toutefois, la East Canada connaît des revers financiers. Les frères Timothée et Charles Donohue deviennent alors actionnaire majoritaire de l’usine. Parallèlement à ces problèmes financiers, l’usine de Clermont ne peut maintenir à cette époque une production seulement de 5 à 6 mois par année en raison d’un débit insuffisant afin d’actionner les turbines pendant certaines saisons. En 1926, une ligne de transmission pour le transport de l’électricité est construite reliant l’usine au Sept-Chutes, sur la rivière Sainte-Anne. Le problème de l’alimentation énergétique est alors réglé. En 1927, le bâtiment est transformé en papeterie assurant ainsi le développement de l’entreprise. Toutefois, il faut attendre 1935 avant les opérations de la compagnie deviennent continues en raison notamment de la crise économique. La présence de l’usine à un impact important sur le milieu régional. 
 
Le petit village agricole de la Chute se transforme en la ville industrielle de Clermont, érigée en 1935 sur le plan civil. Une classe ouvrière avec une culture propre se forme dans cette localité différente de celle des agriculteurs. Une association syndicale est formée en 1935 pour l’amélioration des conditions des travailleurs. L’usine emploie une partie importante de la population de Clermont et des employés qualifiés provenant d’autres régions du Québec. De 60 à 75 employés au début des opérations, l’usine embauche près de 250 personnes en 1941. Dans les années 1960, l’usine de Clermont offre du travail à quelques 450 employés et les salaires versés représentent 35% de l’ensemble de la région. A son apogée, vers 1970, l’usine emploie 620 employés à son usine et plus de 350 en forêt. Le développement technologique a fait décroître le nombre d’employés depuis cette époque tout spécialement pour le travail en forêt. Toutefois, la Donohue occupe toujours une place majeure dans l’économie de Charlevoix.
 
La compagnie Donohue, à la fin des années 1960, élabore des associations avec des partenaires afin de faire face aux humeurs changeants des marchés. En 1967, une entente est signée avec le Bulletin Company, de Philadelphie, et Gannett Company Limited, de Rochester, permettant la création de La Compagnie de papier de Charlevoix Limitée. En 1970, la compagnie Donohue signe une entente avec le grand quotidien New York Times pour la seule machine numéro 3. Une autre entente avec ce journal mène à la mise en opération de la machine 5 en 1987. Également, la propriété de l’entreprise change à cette époque. La Donohue devient en 1971 la propriété du gouvernement du Québec par l’entremise de la Société Générale de financement (SGF). En 1987, le groupe Quebecor, propriétaires de plusieurs quotidiens, devient à son tour le propriétaire de la Donohue. En 2000, Abitibi Consolidated fait l’acquisition de la Compagnie Donohue dont l’usine de Clermont.
 
Devant le contexte actuel, quel avenir pour l’usine de Clermont? Les développements des nouvelles technologiques, tout spécialement dans le domaine de l’informatique, viennent un peu bousculer les médias écrits par l’entremise d’internet. La faible capacité de production de l’usine et la difficulté d’approvisionnement en bois dans Charlevoix sont également des facteurs rendant incertain l’avenir à moyen terme de la petite usine de Clermont. 


Bibliographie :

Serge Gauthier et Christian Harvey. « La Montagne de la Croix : un projet d’Église ne milieu ouvrier », Revue d’histoire de Charlevoix, 36, juin 2001, p. 2-6. 
Normand Perron et Serge Gauthier. Histoire de Charlevoix. Québec, Presses de l’Université Laval. 2000. 387 p. 
 
 
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