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Thème : Culture

CJBR, un phénomène culturel majeur

Jean-Charles Fortin, INRS-Urbanisation, Culture et Société. 23 septembre 2003

 

Le 15 novembre 1937, le poste de radio CJBR de Rimouski entre en ondes. C’est le financier rimouskois Jules-A. Brillant qui avait obtenu un des huit permis de diffusion accordés par Radio-Canada à des stations affiliées à son réseau français au Québec. Ces postes s’ajoutaient aux trois stations possédées par la société d’État au Québec, Chicoutimi, Québec et Montréal, siège de la station mère CBF. Quand, en novembre 2002, la radio de CJBR fête son 65e anniversaire, les artisans du nouveau média peuvent se remémorer le temps où CJBR constituait une véritable fenêtre sur le monde.
 
Dès sa fondation, CJBR se donne, par la volonté de son propriétaire, un mandat hautement culturel. La faiblesse du rayon de diffusion des émetteurs de l’époque, à peine 120 kilomètres, fournit un public captif à la radio rimouskoise, celui des rives du Saint-Laurent entre Rivière-du-Loup et Matane, d’une partie de la Côte-Nord et celui de la vallée de la Matapédia. Avant 1950, la grande majorité des émissions diffusées provient du réseau de Radio-Canada. Les années de guerre, de 1939 à 1945, sont marquées par une forte croissance de l’auditoire. On suit religieusement les nouvelles du théâtre des opérations et le feuilleton radiophonique remplace le conteur traditionnel. La programmation, trop élitiste aux goûts de plusieurs, permet de passer le samedi après-midi au Metropolitan Opera House de New York et la soirée à l’écoute de l’Orchestre symphonique de Toronto ou d’une pièce de théâtre.
 
Peu à peu, au fil des ans, CJBR se construit une timide programmation locale et régionale. Au « Bonjour Rimouski » s’ajoute bientôt « Le Séminaire au microphone » avec ses causeries sur l’histoire régionale et la musique de son orchestre philharmonique. Au cours de la guerre, la direction du poste sent la nécessité d’ajouter aux nouvelles nationales et internationales un volet régional, en collaboration avec des journalistes des deux journaux hebdomadaires rimouskois. « Les nouvelles laurentiennes » diffusent les informations provenant du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et de la Côte-Nord, ce qui renforce le sentiment d’appartenance des populations des rives de l’estuaire. Dans l’après-guerre, le contenu local s’accroît. Des radio-romans et des textes de pièces de théâtre sont diffusés en direct et l’on présente aussi des spectacles de musique classique et de variétés où les jeunes talents locaux peuvent se faire connaître du public.
 
Cette exigence pour la qualité se maintient au cours des années 1950 et 1960 et le poste CJBR, qui diffuse à la fois sur les bandes MA et MF depuis 1948, poursuit son expansion à mesure que s’élargit son audience. La station rimouskoise devient bientôt une véritable école de formation pour les annonceurs et les journalistes qui vont poursuivre leur carrière à Montréal ou ailleurs. Aux Miville Couture et Laurent Laplante se succèdent au micro de CJBR de jeunes annonceurs et journalistes tels que Bernard Derome, Pierre Nadeau, Pierre Paquette, Michel Garneau et bien d’autres. C’est ce dernier qui popularise le jazz dans l’aire de diffusion de CJBR-FM à la veille de la Révolution tranquille. Dans les mêmes années, la journaliste Lisette Morin commence à animer une émission culturelle hebdomadaire de quinze minutes intitulée « Chroniques du dimanche ». Pour plusieurs, les années 1958 à 1971, qui correspondent à la période de diffusion de cette émission, constituent le véritable âge d’or de la station bas-laurentienne.
 
Le rachat de CJBR par le réseau Télémédia marque la fin de la riche production culturelle locale et plusieurs artisans des belles heures de la radio rimouskoise quittent le navire. Le rachat par la Société d’État de CJBR en 1977 donne le signal d’un retour aux préoccupations culturelles. Désormais toutefois, la fonction de critique culturelle est réservée aux chroniqueurs spécialisés qui œuvrent au niveau national. La recherchiste-intervieweuse qui participe à l’émission du matin rappelle le calendrier culturel et rapporte et commente les activités culturelles de la veille. Le mouvement de centralisation à Montréal de la production culturelle de langue française a, là aussi, fait son œuvre.


Bibliographie :

« CJBR, un demi-siècle de radiodiffusion », Revue d’histoire du Bas-Saint-Laurent, vol. XII, nos 3-4, septembre 1987, p. 61-120.
 
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