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La Ménagère de Rimouski
Thème : Société et institutions

La Ménagère de Rimouski, un modèle coopératif

Jean-Charles Fortin, INRS-Urbanisation Culture et Société. 24 septembre 2003


Au Québec, l’histoire du mouvement coopératif est une histoire du XXe siècle. La plus importante organisation coopérative encore existante aujourd’hui, le Mouvement Desjardins, est née avec le siècle, et de nombreux essais d’application de la formule coopérative se sont ajoutés au fil des décennies dans les domaines de l’agriculture, de la pêche, de l’assurance mutuelle. Dans bien des secteurs de la vie sociale et économique du Québec, la coopération appartient désormais au passé. Ainsi, dans le domaine de la consommation, il n’existe plus que de rares témoins de l’importance des coopératives de consommateurs, des « magasins CO-OP » du milieu du siècle. Cooprix de Rimouski est de ceux-là.
 
À compter de février 1939, une dizaine de citoyens de Rimouski se réunissent périodiquement à l’hôtel de ville dans le dessein de fonder une coopérative de consommation. Le 8 juin, la coopérative « La Ménagère » obtient sa charte du gouvernement provincial. Deux courants sont à l’origine de l’initiative. Le premier vient de l’est et est connu sous le nom de « mouvement d’Antigonish ». C’est un prêtre et professeur d’université, Michael Coady, qui réussit à mettre sur pied tout un réseau de cercles d’études, de coopératives de consommation, puis de crédit, pour venir en aide aux pêcheurs de Nouvelle-Écosse frappés par la crise des années 1930. Le deuxième modèle est urbain et québécois, tout en étant d’inspiration européenne. C’est Victor Barbeau, professeur à l’École des Hautes Études Commerciales de Montréal, qui ramène le modèle de la coopérative de consommation d’un voyage d’étude à Paris, et qui fonde « La Familiale » avec Berthe Louard à Montréal, en juin 1937.
 
Depuis sa fondation, en 1939, jusqu’à sa situation actuelle, la coopérative des consommateurs de Rimouski a connu d’importantes étapes dans son développement. La Ménagère, devenue successivement le Magasin Coop, Coopgro, puis Cooprix-Rimouski, est peu à peu passée de l’étape d’un petit comptoir, avec des ventes de 200 $ par semaine, à une grande surface qui génère un volume hebdomadaire de plusieurs centaines de milliers de dollars. La coopérative a souvent dû changer de local, à mesure que croissait le nombre de coopérateurs et de clients externes et, partant de là, du chiffre d’affaires. La Ménagère passe ainsi de la rue Sainte-Anne à la rue Saint-Jean-Baptiste, puis sur la rue Rouleau, avant de se doter de son premier véritable magasin au coin Rouleau-Évêché; elle y restera de 1948 à 1971.
 
Au cours des années 1960, le mouvement coopératif connaît un nouvel essor au Québec. En 1969 naissent les comptoirs alimentaires et un premier supermarché coopératif ouvre ses portes à Montréal. À peine un mois plus tard, la Coopérative des Consommateurs de Rimouski ouvre sa première grande surface, le centre COOPGRO, sur le boulevard René-Lepage. En 1972, à la suite de son affiliation à la Fédération provinciale des Magasins Coop, Coopgro devient Cooprix. C’est sous cette nouvelle appellation que la coopérative rimouskoise poursuit son expansion en ouvrant une deuxième grande surface à l’intérieur du centre commercial Plaza Arthur-Buies, sur le boulevard du même nom. Elle y ajoute, de plus, un dépanneur qui distribue les produits pétroliers, SONIC, une filiale de la Coopérative Fédérée de Québec.
 
En 1982, différents événements mettent en péril la survie même de l’institution rimouskoise. La crise économique frappe entre autres le secteur du commerce de détail et la concurrence se fait plus vive dans l’alimentation. La faillite de la Fédération des Magasins COOP entraîne la disparition d’un grand nombre de coopératives et celle de Rimouski, déjà aux prises avec un problème de liquidités, doit se trouver un nouveau fournisseur. Mais le personnel et les membres de la coopérative font preuve de solidarité. D’une part, les employés acceptent une réduction de salaire et une dégradation de leurs conditions de travail. D’autre part, l’assemblée générale appuie un plan de relance qui va permettre la survie de l’entreprise grâce à de nouveaux emprunts. Cette véritable renaissance de l’esprit coopératif permet un nouveau départ.
 
En 1985, les finances de la coopérative sont rétablies et Coopérative décide de se ranger sous la bannière IGA. Le magasin COOPRIX-1 est rénové et les 140 employés reçoivent la garantie que la Coopérative des Consommateurs de Rimouski conserve son indépendance. Le nombre de membres dépasse les 7 000 et la croissance des ventes s’accélère. En 1988, le chiffre d’affaires atteint 20 000 000 $. La fructueuse alliance se poursuit avec IGA et, en 2001, la Coopérative ouvre une très grande surface et ferme les points de service COOPRIX-1 et 2. À l’aube du XXIe siècle, la petite entreprise, fondée en 1939 par Paul Hubert et une douzaine de bénévoles rimouskois, maintient le flambeau de l’entraide et de l’indépendance économique de milliers de consommateurs de la région.


 
Bibliographie : 

Lechasseur, Antonio dir. La Ménagère CO-OP, Coopgro, Cooprix-Rimouski. Éléments d’histoire d’une entreprise coopérative, 1939-1989. Rimouski, [Coopérative des consommateurs de Rimouski], 1989. 48 p.
 
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