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Le climat et les sols
Thème : Territoire et ressources

Le climat et les sols, deux contraintes de l’occupation humaine

Jean-Charles Fortin, INRS-Urbanisation, Culture et Société. 23 septembre 2003.

 

Tout comme dans les autres régions du monde, la vie dans le Bas-Saint-Laurent est conditionnée par trois principaux facteurs appartenant à ce qu’il est convenu d’appeler le complexe biophysique : le climat, les sols et le couvert végétal. Ces trois éléments agissent en conjonction les uns avec les autres pour créer un habitat aux conditions tantôt favorables tantôt hostiles à l’occupation humaine. Pendant tout le Régime français, les autorités coloniales ont cru les deux premiers facteurs, le climat et les sols, les deux éléments que nous allons aborder, défavorables à l’établissement. La saison végétative trop courte et la pauvreté des sols y empêchaient, croyait-on, la culture de l’aliment de base, le blé français. Cette perception a retardé d’au moins un siècle le peuplement significatif du territoire.
 
Le climat fait sentir son influence sur presque tous les aspects de la vie. Au Bas-Saint-Laurent domine un froid saisonnier caractéristique. Comme dans l’ensemble de la province, ce qui frappe d’abord, c’est l’omniprésence de l’hiver. Cette saison dure cinq mois complets, ce qui dépasse largement le décompte trimestriel des saisons. Au cours de cette période, lacs et rivières sont gelés et même l’estuaire devient, en janvier et février, une vaste prairie de glace. Le climat de type continental à grande amplitude et sans période sèche est tempéré par l’influence du fleuve. Cet ascendant s’exprime, entre autres, par l’importance saisonnière des précipitations. En hiver, les précipitations moyennes varient entre 250 et 360 millimètres. Pour l’année entière, elles atteignent en moyenne de 800 à 1200 millimètres. La température moyenne est inférieure à 4°C.
 
Si l’hiver est long et froid, les étés sont par contre, courts et chauds. En bordure du fleuve toutefois, l’influence de la masse d’eau fait fléchir les maxima. Tous les Bas-Laurentiens ont vécu l’expérience en quittant les terrasses littorales pour s’approcher du rivage : en moins d’un kilomètre, la température ambiante peut chuter de plusieurs degrés. À cela s’ajoute le vent froid et humide du nord-est dont l’influence est tout à fait désagréable. Les conditions climatiques ne sont donc pas semblables partout dans la région. L’altitude est un autre facteur dont il faut tenir compte. Les hivers sont plus longs et plus rudes sur les plateaux et l’influence de la mer est moins grande dans les vallées de la Matapédia et du Témiscouata. Les températures y sont un peu plus élevées à l’été et un peu plus froides à l’hiver que sur le littoral.
 
La pratique de certaines cultures tient autant à la qualité de la terre qu’aux conditions climatiques. La composition et la qualité des sols au Bas-Saint-Laurent sont des reliques d’époques reculées qui conditionnent une partie de l’économie actuelle. Les dépôts de sol meuble en surface sont des vestiges de la dernière glaciation et de l’invasion marine qui l’a suivi. C’est sur ce substrat minéral que la végétation a peu à peu regagné le terrain perdu lorsque les températures ont commencé à se réchauffer, il y a plusieurs milliers d’années. Les sols de la région sont des podzols, c’est-à-dire des dépôts cendreux et délavés. Sur les terrasses littorales, on rencontre de façon générale des sols sablonneux et graveleux bien drainés. Ce sont les meilleurs sols de la région. On en retrouve aussi au creux des vallées de la Matapédia et du Témiscouata.
 
Ailleurs sur le plateau, par contre, la qualité des sols diminue en raison du relief relativement accidenté et des dépôts rocailleux. Pour les fins agricoles, la qualité des sols dépend de plus d’un facteur. La texture du sol doit permettre la pénétration des racines et une bonne alimentation de la plante en aliments nutritifs. De plus, la nature du socle rocheux sur lequel repose la bonne terre importe tout autant que la composition chimique en surface. Sur les hautes terres des Appalaches, les arêtes rocheuses affleurent souvent et la mince couche de terre arable reposant sur du roc, parfois guère plus épaisse qu’une quinzaine de centimètres, risque de s’assécher rapidement. La culture est également limitée à cause des rigueurs du climat. Sur les hauteurs appalachiennes, le nombre de jours sans gel est souvent inférieur à 90, parfois à 75 par an.
 
Cette nette différenciation entre le climat et la qualité des sols des deux grandes régions physiographiques a eu de profondes répercussions sur le rythme et la densité de l’occupation humaine des basses et des hautes terres du Bas-Saint-Laurent. Ainsi, dans les années 1870 et 1880, quand le bassin de bonnes terres des terrasses littorales sera épuisé, la plupart choisiront l’exil aux États-Unis plutôt que l’aventure encore plus incertaine du défrichement d’un lot de colonisation sur le plateau. Un demi-siècle plus tard, la Grande Dépression va conduire des milliers de familles vers ces terres que leurs ancêtres s’étaient refusés à occuper. On constatera, un peu tard, que ce nouveau terroir n’aurait pas dû être offert à la charrue des défricheurs.
 
 
Bibliographie :

Fortin, Jean-Charles, Antonio Lechasseur et al. Histoire du Bas-Saint-Laurent. Québec, IQRC, 1993. 864 p.
Dubé, Yves et Jean-Marie Martin. Problèmes de l’agriculture dans la région du Bas-Saint-Laurent. [s.l.], Conseil d’orientation économique du Bas-Saint-Laurent, 1963. 278 p.
 
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