Chania

Brève description de l’espace physique
Thème : Territoire et ressources

Une brève description de l’espace physique

Jean-Charles Fortin, INRS-Urbanisation, Culture et Société. 25 septembre 2003

 

L’existence de régions au Québec origine de la nécessité qu’ont eu les autorités civiles et religieuses de diviser l’espace en territoires plus faciles à administrer et à identifier. Ce besoin de nommer la région et d’en définir les frontières vient d’une obligation professionnelle de ceux qui la représentent, la décrivent ou la publicisent. Tour à tour, le député, le propagandiste de la colonisation, le journaliste, le fonctionnaire, l’agronome, le géographe, l’économiste, l’historien et l’aménagiste imposent le régionyme qu’ils estiment le plus apte à décrire leur territoire d’intérêt. Avec le temps, cette région devient la région d’appartenance, celle qu’un Québécois nomme pour s’identifier. Voyons à quel espace géographique correspond la région du Bas-Saint-Laurent.
 
Politiquement, le Bas-Saint-Laurent correspond au comté de Rimouski créé en 1829 et, presque exactement, au diocèse de Rimouski de 1922, auquel il faut ajouter le grand Rivière-du-Loup. Il s’agit d’un rectangle orienté sud-ouest/nord-est qui s’étend sur près de 300 kilomètres de côte en bordure de l’estuaire du Saint-Laurent, de Notre-Dame-du-Portage à Capucins. Coincée entre le Kamouraska et la Gaspésie, la région est bornée au sud par la province du Nouveau-Brunswick, le Maine et la Gaspésie. En somme, le territoire régional est compris entre les vallées du Témiscouata et de la Matapédia avec des pointes vers le Transcontinental, au sud-ouest, et vers Cap-Chat, au nord-est.
 
La région qui s’étend entre les 47° et 49° de latitude nord appartient, tout comme l’ensemble du Québec, à la zone nordique américaine. D’une superficie totale de près de 20 000 kilomètres carrés, elle ne représente à peine que 1,5 % de la surface totale du Québec, mais le dixième du Québec habité. Le Bas-Saint-Laurent se situe à peu près à la même latitude que le Saguenay et l’Abitibi. La ville de Matane se trouve sur le même parallèle que les villes dites nordiques de Dolbeau au Lac-Saint-Jean et de La Sarre en Abitibi, mais aussi de Paris qui jouit toutefois d’un climat plus clément. Au Bas-Saint-Laurent, le froid influence non-seulement la nature, mais également toutes les sphères de l’activité humaine.
 
Le régionyme « Bas-Saint-Laurent » est hérité d’un important élément de la situation géographique régionale, sa localisation en bordure de l’estuaire du Saint-Laurent, plus précisément le long du bas estuaire. Cette zone s’étend de l’embouchure de la rivière Saguenay jusqu’à Pointe-des-Monts sur la Côte-Nord, et de Rivière-du-Loup à Capucins sur la rive sud. L’appellation de la région vient donc de sa proximité de l’estuaire, une véritable mer intérieure qui a longtemps influencé l’évolution de la région. L’augmentation progressive de la distance entre les rives nord et sud renforce cette impression d’immensité du système laurentien. L’estuaire est deux fois plus large devant Métis qu’il ne l’est devant L’Isle-Verte. Vis-à-vis Sainte-Luce-sur-Mer, la distance entre les deux rives atteint déjà 43 kilomètres et l’aspect maritime l’emporte sur la perception d’un cours d’eau suggéré par l’appellation « fleuve ».
 
La côte présente un caractère linéaire brisé çà et là par certains accidents que la mer contourne. En fait, sur toute sa longueur, le rivage bas-laurentien ne présente aucune incursion importante de la mer à l’intérieur des terres. Aussi, les bons havres naturels sont-ils rares et la côte n’offre guère d’abris aux navires exposés aux vents du nord-ouest. C’est à la hauteur du parc du Bic que cette linéarité du rivage est rompue, alors que la mer contourne les caps et pénètre à l’intérieur des anses. À quelques exceptions près, comme Mitis et Pointe-au-Père, la marée basse laisse derrière elle de grandes étendues de vase. Ici et là, des marais salés apparaissent dans les baies peu échancrées, à L’Isle-Verte, Sacré-Cœur ou Pointe-au-Père, et des plates-formes rocheuses au pied des caps, le long des côtes rocheuses.
 
Le relief bas-laurentien est le fruit de lentes transformations qui affectent de façon continue l’écorce terrestre. Au terme des millions d’années d’érosion, deux paysages nettement différenciés s’offrent aux yeux de ceux qui parcourent la région. Le plateau appalachien est dominant sur la majeure partie du territoire, mais il demeure moins accueillant à l’occupation permanente que les terrasses riveraines. D’une superficie plus étroite, cette zone littorale prend fin en aval de Matane, entre Sainte-Félicité et Grosses-Roches. C’est encore là aujourd’hui qu’est concentrée la majorité de la population régionale. Pendant longtemps, l’histoire de la région va être, en fait, celle des quelques nœuds de peuplement isolés sur un rivage peu accueillant.
 
 
Bibliographie :

Dionne, Jean-Claude. La morphologie littorale de la côte sud de l’estuaire du Saint-Laurent, de Rivière-du-Loup à Matane. Montréal, Université de Montréal, mémoire de maîtrise (géographie), 1961. 284 p.
Fortin, Jean-Charles, Antonio Lechasseur et al. Histoire du Bas-Saint-Laurent. Québec, IQRC, 1993. 864 p.
 
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