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Thème : Société et institutions

La radio sur la Côte-du-Sud

Jacques Saint-Pierre, historien, 8 avril 2003

 

La Côte-du-Sud est longtemps desservie par deux stations radiophoniques, soit CHGB à La Pocatière et CKBM. à Montmagny. À compter des années 1930, la radio s’impose peu à peu comme le principal moyen de communication de masse en milieu rural, surclassant les grands quotidiens et les hebdos régionaux. Si les premiers appareils de radio font leur apparition dans les années 1920, ce n’est que dans les années 1940 qu’ils se répandent dans la région. Entre le quart et le tiers des foyers en sont équipées, en 1941. Les appareils se retrouvent alors surtout dans les villages. Grâce à l’électrification rurale, plus de 90 % des foyers possèdent leur poste de radio au début des années 1950. Cette période constitue l’âge d’or de la radio, qui ne subit pas encore la concurrence de la télévision. 
 
CHGB, La Pocatière
 
La station radiophonique CHGB est fondée en 1938 à l’instigation de l’agronome, journaliste et politicien Georges Bouchard. Les deux dernières lettres d’appel du poste reprennent d’ailleurs ses initiales. Avec le concours de son neveu Georges-Henri et de Thomas Desjardins, Bouchard, qui anime Le Réveil rural sur les ondes de Radio-Canada, entreprend de doter la Côte-du-Sud et le comté de Charlevoix d’un outil de communication de masse encore plus efficace que la presse à grand tirage et que les hebdos. Le projet bénéficie de l’appui du clergé, du Collège de Sainte-Anne, de l’École d’agriculture, de la Station expérimentale fédérale et des hommes d’affaires de la région.
 
Bouchard explique : « L’intérêt que j’ai pris au développement de ce projet m’autorise à dire, je crois, que ce poste ne justifiera son existence qu’en autant qu’il suscitera 20 lieues à la ronde un intérêt constant et qu’il servira d’animateur pour toute notre vie régionale. Dans tout ce noble décor où se déroulent les beaux champs de culture de Kamouraska et des comtés avoisinants, je souhaite que CHGB serve à l’exaltation de la vie rurale. » Plus précisément, il fait le vœu que la radio serve autant à l’instruction qu’au divertissement des personnes, qu’elle soit l’instrument de diffusion du savoir et de la religion dans les familles, un moyen de vulgarisation de la science agronomique auprès des cultivateurs et un tremplin pour les artistes de la région. C’est tout un programme !
 
Jusqu’à l’entrée en ondes de CHGB, les quelques Sudcôtois qui possèdent un appareil de radio n’ont accès qu’à des émissions produites à Montréal ou à Québec. Affiliée au réseau français de Radio-Canada, la nouvelle station continue de relayer la programmation de la radio publique, qui est alors axée sur des émissions à contenu culturel (concert, opéra, théâtre, etc.) et éducatif, mais qui fera plus de place à l’information à compter de la Deuxième Guerre mondiale. La station de La Pocatière produit également ses propres émissions, notamment sous la forme de causeries de représentants d’organismes du milieu, comme la Société historique de la Côte-du-Sud, la Société d’histoire naturelle de La Pocatière ou le Service social-économique de l’École des pêcheries.
 
L’histoire de CHGB a été marquée par deux événements tragiques : en 1962, trois de ses cinq animateurs périssent dans un accident de la route et en 1989 un incendie détruit les studios et la discothèque, qui contenait des enregistrements rares. La station a cessé de diffuser sur la bande AM en 1992 et CHOX a pris le relais sur la bande FM en s’identifiant comme « Le son de la Côte-du-Sud ».
 
CKBM, Montmagny
 
Fondateur d’une maison d’édition, en 1937, Maurice Marquis est aussi l’un des pionniers de la radio au Canada. Au début des années 1920, soit avant l’ouverture de CKAC à Montréal, il fabrique à Montmagny, avec l’aide de son frère Albéric, un premier poste émetteur (3WQ) et une vingtaine de postes récepteurs. Un nouvel émetteur à ondes courtes et à ondes ordinaires (VE9EK) est mis sur pied par Albéric Marquis au début des années 1930, mais il est forcé de cesser ses émissions qui brouillent les ondes des postes de Montréal et de Québec. Ce n’est qu’en 1954 qu’un permis de radiodiffusion est finalement accordé à deux promoteurs de Montmagny : Roger Boulanger et André Mercier. La station identifiée par les lettres d’appel CKBM recrute la majeure partie de ses auditeurs dans la partie ouest de la Côte-du-Sud.
 
L’entrée en ondes de cette nouvelle station indépendante fait pénétrer les Sudcôtois dans un autre univers culturel, celui de la musique populaire américaine. Cette musique rythmée séduit d’abord les jeunes, puis leurs parents. La multiplication des stations indépendantes à l’époque est perçue par plusieurs, dont le rédacteur de la Gazette des campagnes, Louis-de-Gonzague Fortin, comme une menace pour la culture populaire. Il prédit, en 1953, : « dans 25 ans, le folklore canadien sera constitué par des airs de guitare, des chorus de swing, de chants de rhumba, et de jazz bête… On ne pensera même plus au violon et aux veilles gigues! » L’avenir lui donnera en partie raison.
 
Comme beaucoup de stations AM à l’époque, celle de Montmagny connaît des difficultés à la fin des années 1970. Elle fait l’objet de plusieurs transactions et, en 1983, elle est forcée de déclarer faillite. La population de Montmagny et des paroisses environnantes se trouve sans radio locale durant quelques années. Mais une station FM, CFEL voit le jour en 1987.
 
D’autres stations de radio sont apparues sur le territoire de la Côte-du-Sud au cours des dernières années à Saint-Pamphile, qui dessert la population de la MRC de L’Islet, et à Lac Etchemin, qui couvre aussi le territoire voisin de la MRC de Bellechasse. L’auditoire régional se partage entre ces différentes stations, qui sont la voix de leur milieu respectif. La concurrence vient surtout des stations de Québec.
 
 
Bibliographie :

« CHGB a cinquante ans », Le Javelier, vol. 5, no 1, février 1989, p. 8.
Hébert, Yves. Montmagny… une histoire, 1646-1996 : la seigneurie, le village, la ville. Montmagny, Montmagny 1646-1996 inc., 1996. 304 p.
 
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