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L’architecture domestique au XIXe siècle 
Thème : Société et institutions

L’architecture domestique au XIXe siècle 

Jacques Saint-Pierre, historien, 5 mars 2003

 
La fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle correspondent à une période de prospérité pour une partie de la population de la Côte-du-Sud. Or, c’est précisément à cette époque que les habitants commencent à construire des maisons plus spacieuses. Ces demeures, dont plusieurs ont traversé le temps, sont plus confortables qu’auparavant. Elles manifestent surtout une volonté d’afficher son statut social.
 
Les maisons québécoises 
 
La maison québécoise typique du XIXe siècle, telle qu’on peut l’observer encore aujourd’hui dans le comté de Kamouraska notamment, est une construction de dimensions imposantes, par rapport à la petite maison d’inspiration française du siècle précédent. Très souvent, le corps du bâtiment original a été allongé, soit pour loger une famille nombreuse ou tout simplement pour procurer plus de confort à ses occupants.
 
Si les plus anciennes sont peu dégagées du sol, la majorité sont construites sur un solage qui isole les occupants du froid et de l’humidité et qui procure un espace additionnel d’entreposage. Selon l’ethnologue Paul-Louis Martin, c’est le besoin d’un lieu de conservation frais pour les pommes de terre, dont la culture de répand au début du XIXe siècle, qui incite les constructeurs à surhausser le carré des maisons. Un escalier, qui débouche sur une galerie souvent de la même longueur que la maison, donne accès à l’entrée principale. Cette galerie est recouverte d’un larmier qui protège la façade des intempéries. Quant à la toiture à deux versants, elle est percée de lucarnes disposées symétriquement, comme les ouvertures du rez-de-chaussée, selon une ordonnance néoclassique à la mode au milieu du XIXe siècle. 
 
La maison de la Côte-du-Sud se distingue des autres québécoises par son larmier cintré, c’est-à-dire doublé d’un contre-larmier au profil incurvé, qui confère aux toitures l’allure de coques de bateaux renversées. Ce régionalisme est attribué à l’influence des charpentiers de navire, qui sont nombreux dans la région au XIXe siècle. Une autre caractéristique de la maison de la Côte-du-Sud est l’ornementation de son portail. La maison Guimont (classée monument historique) et l’ancien manoir Chenest de Cap-Saint-Ignace, la maison du docteur N.-A. Sirois de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, la maison natale de Jean-Charles Chapais à Rivière-Ouelle et la maison du marchand Louis Miller de Kamouraska sont quelques exemples parmi tant d’autres de cette architecture propre à la Côte-du-Sud.
 
Le souci de l’ornementation est encore beaucoup plus manifeste dans les habitations de certains seigneurs de la région. Ainsi, le manoir Campbell-Rankin, qui sert de résidence au promoteur du chantier naval de la Pointe-Sèche (dans les limites actuelles de Saint-Germain de Kamouraska), est considéré comme un château par les habitants de la région. Avec leurs tourelles de façade, le manoir des Aulnaies, construit dans un cadre champêtre par le marchand et seigneur Amable Dionne, et le manoir Étienne-Paschal-Taché, l’un des pères de la Confédération, à Montmagny (tous deux classés monuments historiques) reflètent le statut social de leur propriétaire. 
 
La recherche du confort
 
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la maison sudcôtoise subit des transformations dans son aménagement intérieur. De plus en plus spacieuses, les habitations sont surtout plus confortables que par le passé.
 
Une nouvelle pièce, le salon, se substitue à la salle commune comme le cœur de la vie familiale dans les demeures bourgeoises. Elle est meublée de fauteuils et de chaises rembourrées, de tables d’appoint aux multiples usages et d’étagères sur lesquelles sont disposés les souvenirs de famille. Le salon de la maison Chapais, à Saint-Denis, conserve le mobilier victorien acheté en 1866 à Québec à l’occasion de travaux de rénovation importants à la résidence construite en 1833. Signe des temps, ces meubles et d’autres choisis par madame Jean-Charles Chapais pour les chambres à coucher sont livrés par chemin de fer. Le manoir Dionne de Saint-Roch-des-Aulnaies est aussi décoré dans l’esprit de l’ère victorienne avec du mobilier provenant de la région. Les salons font leur apparition dans certaines maisons de cultivateurs, mais, dans ce cas, la pièce sera réservée longtemps aux grandes occasions. 
 
La recherche du confort domestique se traduit par l’amélioration de l’éclairage, du chauffage et de l’équipement sanitaire. Le percement de lucarnes, dans les maisons qui en sont dépourvues, permet l’aménagement de pièces sous les combles. Si les chambres continuent d’être éclairées à la chandelle, les lampes à l’huile se multiplient et s’embellissent au point de devenir de véritables objets décoratifs. Vers 1870, le kérosène remplace les huiles organiques de baleines ou d’autres mammifères marins comme combustible, ce qui a pour effet de réduire les odeurs nauséabondes à défaut d’améliorer réellement la luminosité.
 
Les foyers ouverts, qui commencent à faire place aux poêles à deux ponts dès la première moitié du XIXe siècle, disparaissent presque complètement après 1850. Outre les poêles à deux ponts, on retrouve sur le marché des poêles à trois ponts et divers autres modèles produits dans les diverses fonderies qui apparaissent un peu partout dans la province. Ces appareils sont plus efficaces que les anciens foyers et permettent de maintenir une température plus constante. Sans négliger leur aspect fonctionnel, les fabricants de ces poêles de fonte accordent de plus en plus d’importance à leur apparence. Outre les poêles de fonte, les tapis de fabrication domestique qu’on étend sur les planchers de bois contribuent à isoler du froid, tout en rehaussant le décor. 
 
Les cabinets d’aisance semblent apparaître au tournant du siècle dans les demeures bourgeoises à la place des latrines et des pots de chambre. Après l’usage plus généralisé de la peinture sur les murs ou encore du papier peint, qui s’avère également une façon de rendre le cadre de vie plus agréable à l’œil, l’aménagement de ces salles de bain représente la plus grande amélioration des conditions hygiéniques de la maison. Cependant, l’eau courante est uniquement disponible dans certains villages possédant un aqueduc. La majorité des résidences ne disposent encore que de puits extérieurs ou intérieurs et, dans le meilleur des cas, de pompes à bras avec évier et renvoi d’eau. Dans ce domaine, les progrès décisifs suivront l’avènement de l’électricité.
 
La Côte-du-Sud recèle encore plusieurs maisons ancestrales du 19e siècle qui en constituent l’un des attraits touristiques majeurs. De plus, l’habitat en dit très long sur la vie de ses occupants. Il est donc à souhaiter qu’on préserve ces témoins de l’histoire de la région.
 
 
Bibliographie :

Commission des biens culturels du Québec. Les chemins de la mémoire, vol. 1. Québec, Les Publications du Québec, 1990. xiv-540 p.
Gauthier, Raymonde. Les manoirs du Québec. Québec, Éditeur officiel du Québec/Fides, 1975. 244 p.
Lessard, Michel. Objets anciens du Québec. [Montréal], Éditions de l'Homme, c1994. 2 vol.
Martin, Paul-Louis. À la façon du temps présent. Trois siècles d’architecture populaire au Québec. Québec, Les Presses de l’Université Laval, 1999. xii-378 p. Coll. « Géographie historique »
« Notre patrimoine : Patrimoine architectural ». In Kamouraska, le doux pays! [En ligne] http://www.kam.qc.ca/bienven/patrimo/archite/f_archi.html (Page consultée le 5 mars 2003)
 
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