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Un évêque sur la Côte-du-Sud...
Thème : Société et institutions

Un évêque sur la Côte-du-Sud au début du XIXe siècle : Mgr Bernard-Claude Panet

Jacques Saint-Pierre, historien, 29 avril 2002

 
Même si ce n’est qu’en 1951 que le territoire de la Côte-du-Sud est érigé en diocèse, la région possède un évêque dès le début du XIXe siècle. En effet, lorsqu’il accède au siège épiscopal de Québec, en 1806, Monseigneur Joseph-Octave Plessis choisit Bernard-Claude Panet, qui est alors curé de Rivière-Ouelle depuis plus d’un quart de siècle, comme son coadjuteur. Le 12 août 1806, il est nommé évêque de Saldes, un diocèse de Mauritanie, et il sera consacré dans la cathédrale de Québec le 19 avril de l’année suivante. En tant que coadjuteur, Panet est non seulement l’assistant de l’évêque en titre, mais également son successeur désigné : à la mort de Monseigneur Plessis, en 1825, c’est donc lui qui occupera le siège épiscopal de Québec.
 
Le curé de Rivière-Ouelle
 
Fils de Jean-Claude Panet et de Louise Barolet, Bernard-Claude Panet naît à la basse ville de Québec le 9 janvier 1753. Il n’a que six ans lorsque la maison familiale est incendiée lors du siège de l’été 1759. Comme son père et son grand-père maternel, qui exercent tous deux les fonctions de notaire et de procureur dans la capitale, Bernard-Claude aurait pu embrasser une carrière juridique. C’est d’ailleurs ce que font deux de ses frères, Jean-Baptiste, qui exerce le notariat, et Jean-Antoine, qui devient, en 1792, le premier orateur de la chambre d’Assemblée. Cependant, Bernard-Claude choisit plutôt de devenir prêtre; il reçoit l’onction sacerdotale le 25 octobre 1778.
 
Bernard-Claude Panet enseigne d’abord au Séminaire de Québec. En 1780, il est chargé de la desserte des paroisses de Batiscan, Champlain et Sainte-Geneviève. Dès l’année suivante, on lui confie la paroisse de Rivière-Ouelle. Il y demeurera près de 45 ans. En plus de ce ministère paroissial, Panet est appelé à s’occuper de toutes les affaires concernant l’administration des paroisses de l’est, de Québec jusqu’à Rimouski. L’un de ses biographes précise à ce propos : « On ne faisait rien d’important sans le consulter, et il était chargé par l’évêque des missions les plus délicates et les plus difficiles, s’en acquittant toujours avec sagesse et discrétion, et méritant la reconnaissance et les éloges de tous. »
 
Le coadjuteur de Monseigneur Plessis
 
Lorsque Monseigneur Plessis devient évêque du diocèse de Québec, il choisit sans hésitation le curé de Rivière-Ouelle comme coadjuteur, le regardant comme « le plus qualifié du côté de la piété, des talents et de la réputation. » 
 
Monseigneur Panet aurait dû aller résider au séminaire de Saint-Sulpice, à Montréal, mais le supérieur de cette institution s’y oppose fermement par crainte de voir son autorité diminuée. Le nouvel évêque assume donc ses responsabilités épiscopales en poursuivant son ministère à Rivière-Ouelle. Il doit cependant s’absenter fréquemment de sa paroisse. Durant le séjour de Monseigneur Plessis en Europe, en 1819-1820, il demeure à Québec. Mais il retourne ensuite à Rivière-Ouelle, où il réside jusqu’à la mort de Monseigneur Plessis, en décembre 1825.
 
La principale tâche du coadjuteur est la visite pastorale du diocèse. Presque chaque année, il réalise une partie de la tournée des paroisses. Ce n’est pas une mince affaire si l’on considère les grandes distances à parcourir. En 1817, alors qu’il se trouve dans la région de Montréal, il doit interrompre sa tournée et être hospitalisé à la suite d’une enflure à une jambe. Pendant le reste de l’année, il continue de tenter d’apporter des solutions aux problèmes des curés de la région immédiate. Rivière-Ouelle devient donc en quelque sorte le chef-lieu d’un district religieux, qui préfigure le diocèse de Sainte-Anne. Selon Philippe-Bâby Casgrain, « la présence d’un évêque résidant dans la paroisse, donnait à cet endroit un caractère d’animation peu ordinaire à la campagne. Mgr Panet fréquentait assez souvent les réunions de la haute société. »
 
L’évêque de Québec
 
Monseigneur Bernard-Claude Panet quitte Rivière-Ouelle à la fin de l’année 1825 pour venir prendre possession du siège épiscopal de Québec. Il a alors 72 ans, mais son bon état de santé lui permet d’accomplir lui-même la visite pastorale annuelle du diocèse jusqu’en 1830. Panet poursuit la voie tracée par son prédécesseur. L’intérêt particulier qu’il porte à l’éducation l’amène à soutenir la construction des collèges de Nicolet et de Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Il fait même don d’une somme très importante à l’institution de Nicolet. Par la loi scolaire de 1829, il contribue également à faire allouer des fonds pour la construction de nouvelles écoles et pour le soutien des institutions existantes.
 
Bien que de nature conciliante, Panet s’oppose farouchement aux tentatives du gouvernement britannique pour mettre la main sur une partie des propriétés des sulpiciens, à Montréal. Avec son auxiliaire, Monseigneur Jean-Jacques Lartigue, il met tout en œuvre pour faire échouer la tentative de « spoliation des biens de l’Église canadienne ». Il appuie également Lartigue, qui est sacré évêque en 1821, dans ses démarches afin de créer un nouveau diocèse à Montréal. Il contribue enfin généreusement à la construction, à Québec, d’une église pour les immigrants irlandais qui affluent au Canada à l’époque. Ce ne sont là que quelques-unes des réalisations de son bref épiscopat. Voyant ses forces décliner, Panet confie le 13 octobre 1832 l’administration du diocèse à son coadjuteur, Monseigneur Joseph Signay, et il se retire à l’Hôtel-Dieu, où il meurt le 14 février 1833.
 
La Côte-du-Sud doit beaucoup à Bernard-Claude Panet. En plus de faire construire le couvent des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame ainsi qu’une école de l’Institution royale pour les garçons à Rivière-Ouelle, il soutient, au moment où il est archevêque de Québec, le projet de l’abbé François Painchaud d’un collège classique à Sainte-Anne-de-la-Pocatière. Il appuie la démarche de celui-ci en lui précisant : « Je ne doute pas qu[e]… cette maison ne devienne par la suite, un collège où les jeunes gens du comté [de Kamouraska] et des comtés voisins pourront recevoir toutes les instructions qu’on donne dans les autres collèges de la province. »


Bibliographie :

Caron, Ivanhoë. « Inventaire de la correspondance de Mgr Bernard-Claude Panet, archevêque de Québec ». Dans Rapport de l’archiviste de la province de Québec, 1933-1934, Québec, Imprimeur du roi, 1934, p. 235-421.
Hudon, Paul-Henri. Rivière-Ouelle de la Bouteillerie : 3 siècles de vie. Rivière-Ouelle, Comité du tricentenaire, 1972, xi-495 p. 
Têtu, Henri et Charles-Octave Gagnon. « Monseigneur Panet », dans Mandements, lettres pastorales et circulaires des évêques de Québec, vol . 3, Québec, Imprimerie générale A. Côté, 1888, p. 209-312.
Voisine, Nive. « Panet, Bernard-Claude », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol.VI, Québec, PUL, 1987, p. 629-630.
 
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