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Communautés religieuses, Saint-Damien
Thème : Société et institutions

Les Sœurs du Perpétuel-Secours à Saint-Damien et les Frères de Notre-Dame-des-Champs

Jacques Saint-Pierre, historien, 10 juin 2002


Curé fondateur de Saint-Damien, Joseph-Onésime Brousseau est un personnage marquant de l’histoire sociale de la Côte-du-Sud. Ces quelques mots exprimés par l’un de ses panégyristes résument assez bien l’œuvre accomplie dans le haut du comté de Bellechasse par cet homme d’Église, à la fois entreprenant et visionnaire : « Ce saint prêtre, à la barbe d’Abraham, fit des merveilles de toutes sortes en un pays rocailleux voué naturellement à la stérilité. » En fait, il met sur pied un couvent, un hospice et un orphelinat pour desservir cette vaste contrée isolée, où les colons vivent dans des conditions matérielles précaires. 
 
Un philanthrope sans le sou
 
Ordonné prêtre en 1878, à sa sortie du Séminaire de Québec, Joseph-Onésime Brousseau est d’abord nommé vicaire de la paroisse de Saint-Gervais. Il devient le curé fondateur de Saint-Damien à l’été de 1882. La tâche qui attend le jeune prêtre est colossale, mais il ne manque ni d’énergie, ni d’enthousiasme. Même si ses paroissiens sont pauvres, il croit fermement que le défrichement de nouvelles terres constitue le remède à l’émigration massive vers les filatures de la Nouvelle-Angleterre. Il se met rapidement au travail en dotant la paroisse d’une église. Par la suite, il prêche par l’exemple en apportant de nombreuses améliorations à la terre de la fabrique, qui devient une véritable ferme modèle. Il organise aussi une beurrerie et un moulin à scie pour stimuler l’activité économique. Enfin, il fait entrer la municipalité dans la voie du progrès en faisant installer un système d’aqueduc et une ligne téléphonique.
 
Tout en souhaitant une bonne école dans sa paroisse, il rêve d’un orphelinat agricole et d’un hospice pour accueillir les malades et les vieillards de la région. Mais ces institutions sociales exigent de l’argent et du personnel. Il recueille des contributions auprès de ses paroissiens, de ceux des paroisses du voisinage, mais également du reste du vaste diocèse de Québec, qui lui permettent de mettre en chantier le couvent destiné à loger la nouvelle communauté religieuse qu’il désire implanter à Saint-Damien. À celle qu’il a pressentie pour en prendre la direction, il écrit le 5 août 1892 : « Le but de notre communauté, c’est de donner du secours perpétuel aux pauvres malheureux abandonnés, orphelins et vieillards, écoles industrielles pour filles, et les garçons qui seront sous votre direction jusqu’à l’âge de 12 ans. » 
 
La collecte de fonds demeurera une préoccupation constante de l’abbé Brousseau durant toute sa vie. Il confie d’abord la quête dans les paroisses à ses religieuses. Après avoir laissé sa cure afin de se consacrer entièrement à son œuvre, en 1896, il se charge lui-même de cette tâche. Il relate ses courses apostoliques dans un journal manuscrit intitulé À travers les paroisses, qui compte 46 volumes et 28 500 pages. Au moment de sa mort, en 1920, l’un de ses admirateurs, qui avait été le compagnon de voyage du prêtre à bord des trains de nuit, lui rendra hommage en ces termes : « Le Curé de Saint-Damien aurait pu couler une existence douce au milieu du pur et clair rayonnement d’un presbytère ensoleillé. Il a préféré se faire le « Juif errant » de la bienfaisance, et traîner une vie pitoyable, de porte en porte, à travers la rafale, dans la boue et les chemins raboteux. »
 
La Congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Perpétuel Secours
 
Les premières religieuses recrutées par le curé Brousseau pour sa communauté placée sous le patronage de Notre-Dame du Perpétuel Secours sont deux jeunes femmes de Saint-Damien, Aurélie Mercier et Marie-Louise Labbé, et une troisième de la paroisse de Buckland, Olivine Métivier. À la recommandation d’une religieuse de Jésus-Marie, il choisit comme supérieure une institutrice de Lauzon émigrée à Fall River, au Massachusetts, Virginie Fournier. Après deux noviciats chez les religieuses de Jésus-Marie à Sillery et plus tard chez les Hospitalières du Sacré-Cœur de Québec et plusieurs années d’expérience dans l’enseignement à Fall River, celle-ci quitte les États-Unis définitivement pour seconder l’abbé Brousseau. Sous le nom de mère Saint-Bernard, elle prend le voile le 28 août 1892. Durant son supériorat de six ans, elle autorise onze fondations, dont six dans l’arrière-pays de la Côte-du-Sud. La mère fondatrice, comme on l’appelle, s’occupe ensuite de diverses besognes au sein de la communauté avant de s’éteindre, paralysée et aveugle, en 1918.
 
Malgré les difficultés financières et les épreuves, les religieuses de Notre-Dame du Perpétuel Secours consolident leur œuvre éducative et charitable. Une nouvelle construction pour loger les vieillards et les infirmes est complétée en 1904. L’année suivante, le couvent est la proie des flammes, mais il est aussitôt reconstruit. À l’époque, le rayonnement de la congrégation s’étend déjà à vingt paroisses du diocèse de Québec. Au moment du cinquantenaire, en 1942, ce nombre aura été porté à 33. Par la suite, les religieuses élargiront le champ de leur apostolat à l’Amérique latine et à l’Afrique. À son apogée, vers 1970, la congrégation compte plusieurs écoles spécialisées à Saint-Damien, une quarantaine de couvents paroissiaux concentrés dans la grande région de Québec, au Saguenay et en Abitibi, douze foyers pour personnes âgées et un hôpital, sans compter les missions à l’étranger.
 
L’orphelinat agricole du lac Vert 
 
Construit en 1901, l’orphelinat agricole du lac Vert, qui devient en octobre 1902 le monastère des frères de Notre-Dame-des-Champs, est une autre initiative de l’abbé Brousseau. Nommé missionnaire agricole en 1899, ce dernier entend y former des orphelins pour en faire de bons cultivateurs et de bons religieux. Cependant, les jeunes aspirants sont davantage attirés vers les communautés enseignantes que par la perspective d’avoir à cultiver une terre ingrate. En dépit des encouragements du fondateur, l’œuvre ne connaît pas les développements espérés. Après le décès de l’abbé Brousseau, elle périclite rapidement. En 1924, la communauté quitte Saint-Damien pour Escourt, dans la vallée du Témiscouata. Sept ans plus tard, elle fusionnera avec la congrégation des Clercs de Saint-Viateur. Quant au monastère du lac Vert, il est repris par les religieuses qui y logent leur hospice pour les vieillards en 1926. 
 
Ce qu’un auteur a appelé « le miracle de Saint-Damien » est l’expression de la volonté d’un prêtre de secourir les laissés-pour-compte dans une région de colonisation. À l’instar de ces « quêteux » de Saint-Gervais qui sillonnent les routes au début du XIXe siècle, l’abbé Joseph-Onésime Brousseau parcourt la campagne dans le but de recueillir les fonds nécessaires à la réalisation de son œuvre charitable auprès des plus démunis : vieillards, infirmes et orphelins.


Bibliographie :

Déésilets, Alphonse. Le miracle de St-Damien, 1892-1944. Montmagny, Québec, Éditions Marquis, 1945. 208 p.
Ploude, Antonin-M. Les pierres crieront, numéro spécial du Rosaire, vol. 74, octobre-novembre 1969, 55 p.
Saint-Damien-de-Buckland : route des montagnes. [Québec, s.n.], 1982. 703 p.
 
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