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Jean-Charles Chapais
Thème : Économie

Jean-Charles Chapais, pionnier de l’agronomie au Québec

Jacques Saint-Pierre, historien, 12 mars 2002


Jean-Charles Chapais est considéré à juste titre comme l’un des pionniers de l’agronomie au Québec. Il est confondu souvent avec son illustre père, l’un des artisans de la Confédération, qui portait le même nom, et même avec son frère Thomas. Né en 1850 au manoir seigneurial de Saint-Denis, Jean-Charles Chapais fils assume plusieurs responsabilités durant sa carrière orientée vers le développement de l’agriculture. Au crépuscule de sa vie, en 1921, il écrit aux lecteurs du Journal d’agriculture : « Il y a 41 ans que nous avons découvert que l’agriculture est notre vocation et que nous lui avons consacré toutes nos facultés. » Il s’intéresse de façon plus particulière à l’industrie laitière, à l’horticulture et l’arboriculture fruitière et aux études historiques sur l’agriculture.
 
Après avoir gradué de l’Université Laval, Jean-Charles Chapais est admis au barreau en 1875 et il commence à pratiquer le droit à Kamouraska. Sous l’influence de son beau-frère, Joseph-Édouard Barnard, qui est nommé directeur de l’agriculture au département de l’Agriculture et des Travaux publics à Québec, le jeune Chapais réoriente sa carrière en 1879. Il devient alors l’assistant rédacteur au Journal d’agriculture, dont Barnard est le rédacteur en chef, et il aide celui-ci dans les expériences qu’il mène sur sa ferme de Varennes. Il est aussi un conférencier agricole. Après la mort de son père, en 1885, il doit s’occuper, en outre, de la ferme familiale de Saint-Denis. Il est nommé assistant commissaire de l’industrie laitière au ministère fédéral de l’Agriculture, en 1890, et il exerce cette fonction jusqu’à 1913. À ce moment, il est nommé assistant commissaire de l’enseignement agricole du Canada. Jean-Charles Chapais aurait pu suivre les traces de son père dans la carrière politique, mais il préfère travailler à la promotion de saines méthodes de culture.
 
L’industrie laitière
 
Durant l’hiver de 1881, Joseph-Édouard Barnard et Jean-Charles Chapais décident d’établir à Saint-Denis une fabrique combinée de beurre et de fromage afin de former des beurriers et des fromagers compétents. Logée dans un entrepôt inutilisé de la propriété familiale des Chapais, cette fabrique modèle devient la première école de laiterie en Amérique du Nord. L’institution est éphémère puisque la Société d’industrie laitière, mise sur pied en 1882, offre des cours aux fabricants à Saint-Hyacinthe à compter de 1883. Quoi qu’il en soit, une cinquantaine d’élèves apprennent à Saint-Denis les rudiments de la fabrication du beurre et du fromage.
 
Jean-Charles Chapais est très actif au sein de la Société d’industrie laitière, qui se voit confier par le gouvernement la mission de développer la production du beurre et du fromage dans la province. À chaque année, il donne au congrès de la société, qui réunit tous les spécialistes de la question, une conférence sur un aspect ou l’autre de cette spécialité nouvelle au Québec. Il s’adresse aussi directement aux cultivateurs; par exemple, il prononce 21 conférences devant les cercles agricoles en 1913. Tout en se tenant au courant des plus récentes théories agricoles – Chapais entretient une correspondance assidue avec les maîtres de la science agronomique européenne – il apparaît d’abord comme un praticien de l’agriculture conscient de la nécessité d’adapter les préceptes de la science agronomiques aux conditions locales. 
 
L’horticulture
 
À compter de 1889, Jean-Charles Chapais se livre à des expériences d’acclimatation d’arbres fruitiers dans son verger de Saint-Denis. Il expliquera plus tard : « l’idée de planter ce verger d’expérimentation me fut suggérée par le fait que, presque journellement, j’entendais répéter à mes oreilles que rien n’était plus précaire que la culture des pommiers greffés dans la partie orientale de la province de Québec. » Au départ, ces essais se limitent à des variétés d’arbres cultivées ailleurs dans la province, qu’il se procure lors de ses voyages à titre de conférencier agricole. Il plante surtout des pommiers et des pruniers, mais également quelques cerisiers et poiriers. Après 1898, il poursuit ses recherches avec des variétés importées de l’étranger. Ces travaux lui permettent de déterminer les variétés les mieux adaptées au climat assez rude de la région. 
 
En ce qui concerne les prunes, les efforts de Chapais sont pratiquement anéantis lors du très rigoureux hiver de 1917-1918. Malgré les pertes importantes subies alors, le vieil horticulteur assure ses collègues de la société pomologique : « si mon âge ne me portait pas à songer plus à ma mort qu’à la vie de mes pruniers, je serais encore prêt à courir le risque d’une plantation de Damas bleus, d’Impériales bleues, de Reine Claude de Montmorency, de Jaune hâtives, et de Lombard ». Jusque vers 1910, les prunes produites sur la Côte-du-Sud sont mises en vente dans un tel état que les producteurs n’en retirent que de maigres revenus; elles sont expédiées en barils et doivent être cueillies à moitié mûrs pour supporter le transport. Elles sont ensuite emballées dans des boîtes de bois, puis dans des paniers, ce qui s’avère la meilleure solution.
 
Malgré les efforts de Chapais et d’autres individus comme Auguste Dupuis pour développer une culture fruitière commerciale sur la Côte-du-Sud, la production demeure orientée vers la satisfaction des besoins locaux à l’exception de quelques vergers plus importants exploités à L’Islet, Saint-Jean, Saint-Roch, Sainte-Anne, etc. Cependant, il contribue à la sensibilisation de la population à l’horticulture. Chapais s’intéresse d’ailleurs également à la conservation de la forêt, ce qui l’amène à publier le Guide du sylviculteur canadien. 
 
L’histoire de l’agriculture
 
L’érudition de Chapais lui permet de rédiger un article important sur l’histoire de l’agriculture au pays pour l’ouvrage encyclopédique Canada and its provinces. Il y brosse un tableau assez précis des principales étapes de l’évolution de l’agriculture depuis les débuts de la colonie. Sa passion pour l’histoire, qu’il tient peut-être de son frère cadet Thomas, l’amène à publier des textes sur divers aspects de la vie agricole : les écoles d’agriculture, Le Journal d’agriculture, certains personnages marquants comme Édouard-A. Barnard et Omer-Édouard Dallaire, etc.
 
Jean-Charles Chapais s’éteint en 1926. Sous la plume de Omer Héroux, Le Devoir souligne la disparition de ce citoyen de la Côte-du-Sud en ces termes dans son édition du 16 juillet : « M. Chapais a préféré donner sa vie à la propagande des saines méthodes agricoles, au relèvement économique des siens. Cette besogne, pour féconde qu’elle fut, restait forcément d’allures très modestes, et l’utile conférencier n’a guère fait de bruit dans le monde. C’est une raison de plus de rappeler aujourd’hui son mérite et de lui rendre le juste hommage qu’appelle sa vie de labeur et de dévouement. » Le Journal d’agriculture précise quant à lui qu’il est, avec Isidore-Amédée Marsan de l’Institut agricole d’Oka, le premier agronome canadien-français. De fait, sa contribution à l’essor de la science agricole au Québec lui avait valu, en 1916, un doctorat honoris causa en sciences agricoles. 
 
 
Bibliographie :

Barnard, Julienne. Mémoires Chapais, vol. 1. Montréal, Fides, 1964. 303 p.
Chapais, Jean-Charles. « Les pessimistes en industrie laitière », Le Journal d’agriculture, vol. 25, no 1, juillet 1921, p. 8.
Chapais, Jean-Charles. Notes biographiques sur Ed. A. Barnard. Québec, 1920. 10 p.
Maurais, Pierrette et François Taillon. État général des fonds et collections. Archives de la Côte-du-Sud et du Collège de Sainte-Anne, La Pocatière, 1994. 74 p.
« R.I.P. – MM. J.C. Chapais et Hadelin Nagant – R.I.P. », Le Journal d’agriculture, vol. 30, no 2, 25 août 1926, p. 17.
 
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