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Les missions des Récollets
Thème : Société et institutions

Les missions des Récollets en Gaspésie

Mario Mimeault, M.A. Histoire, chercheur autonome. Gaspé, 12 juillet 2002.

 

L’ordre des Récollets arrive au Canada presqu’en même temps que Samuel de Champlain et connaît avec lui l’expulsion organisée par les frères Kirke en 1629. Les Récollets reviennent en Nouvelle-France en 1670 et deviennent l’un des premiers groupes religieux à s’installer en Gaspésie. De ce jour, ils occupent quasi exclusivement le champ apostolique régional pour tout le temps du régime français. 
 
La mission de Percé
 
Fraîchement débarqués à Québec, les pères Récollets sont invités par Pierre Denys de la Ronde à venir s’installer sur ses terres à Percé. Les pères Hilarion Guénin et Exuper Dethune sont les premiers à se rendre à sa demande et le suivent au printemps 1672. Trois ans de labeur leur sont nécessaires pour défricher une terre à l’entrée de la Baie des Morues et à construire à Percé même une maison avec chapelle et jardins au beau milieu des pêcheurs et de leurs échafauds. Les deux missionnaires se chargent de leur donner les services religieux pendant l’été. En 1675, le supérieur de Québec leur envoie le père Chrétien Le Clercq, lequel est chargé expressément de l’évangélisation des Micmacs de la région. 
 
Le père Dethune reste à Percé pendant dix ans. Il est rejoint puis remplacé en 1683 par le père Joseph Denys, de son vrai nom Jacques Denys, fils du seigneur des lieux Pierre Denys de la Ronde. Le père Joseph est d’ailleurs le premier Canadien français qui soit entré dans l’ordre des Franciscains déchaussés, autre nom que se donne ce groupe de religieux. Dérogeant jusque-là à leurs règles, les Récollets avaient partagé leur vie commune avec les employés du seigneur Denys. Curieusement, c’est le fils de ce dernier qui réactive dès son arrivée les règles de l’ordre et qui prend soin de se séparer des laïcs. Avec l’aide de son compagnon de mission, le frère Didace Pelletier, il s’attaque à la construction d’une résidence vouée aux services des missionnaires et d’une église pour la communauté des pêcheurs. Il semble que son projet rencontre l’opposition de Mgr de Laval, mais ses supérieurs le laissent poursuivre son travail. 
 
La chapelle construite par le père Dethune est bientôt remplacée par une église de cinquante pieds de long. Les travaux sont terminés en 1687. C’est « une église fort belle pour le milieu, ornée de tous les tableaux et les ornements nécessaires », écrit d’elle Chrétien Le Clercq. La petite église est dédiée à Saint-Pierre, non seulement, aux yeux de la communauté, le prince des apôtres, mais aussi le saint patron des pêcheurs. Une seconde église est en plus bâtie par les soins du père Didace sur l’île Bonaventure. Sa construction s’impose du fait de la régularité du séjour des équipages français sur l’île. Celle-ci est dédiée à Sainte-Claire, jeune femme qui avait fondé en Europe le pendant féminin de l’ordre des Franciscains déchaussés. C’est donc là, aux yeux des religieux, une façon de lui rendre un hommage mérité.
 
À Ristigouche
 
Pendant que deux missionnaires récollets exercent leur sacerdoce à Percé, il en est toujours un qui se rend auprès des Micmacs de Ristigouche, Nipissiguit (Bathurst) et Miramichi. Il faut savoir que le village indien de Ristigouche est à l’époque à l’emplacement d’Atholville. Les bases de la mission chrétienne y sont posées vers 1677. Chrétien Le Clercq, qui y exerce régulièrement son apostolat, la désigne sous le nom de mission de la rivière Saint-Joseph. C’est d’ailleurs là qu’il fait pour la première fois usage de son écriture pictographique sur des ouigadigane (billets). Son successeur, le père Moireau, puis ses confrères par la suite, perpétuent l’emploi des billets de Le Clercq.
 
La mission de Ristigouche est placée à côté d’un établissement laïc appartenant à Richard Denys de Fronsac, le fils de Nicolas Denys. Ce dernier y a installé quelques colons et ouvert un poste de traite. En 1705, le responsable de cette mission est le père Michel Bruslé. Les relations entre la famille Denys, en fait sa succession, et ce dernier connaissent des tensions. À peine l’intronisation du missionnaire étant chose faite, Pierre Rey-Gaillard, qui a épousé la veuve Denys, le poursuit en justice pour traite illégale de la fourrure avec les Micmacs. La réalité est que les Amérindiens aiment décorer leur chapelle avec la fourrure et que, la cupidité n’ayant pas de bornes, les traiteurs aimeraient mettre la main sur toutes les pelleteries. Le père Bruslé est finalement exonéré de tout blâme et il poursuit sa mission pendant encore dix-sept ans avec un territoire qui s’étend occasionnellement jusqu’à Rimouski, sur le fleuve Saint-Laurent. Il est remplacé à partir de 1722 par des missionnaires qui se succéderont à son poste jusqu’à la fin du régime français.
 
L’établissement de Pabos
 
Les pêcheurs basques et français, suivis des Canadiens, fréquentent assidûment l’anse de Pabos depuis les années 1715. La famille Lefebvre de Bellefeuille acquiert en 1729 les droits seigneuriaux attachés à cette bande du territoire. Pendant une vingtaine d’années, le poste de pêche, qui regroupe une forte concentration de population permanente, est desservi par des prêtres itinérants. En 1751, l’évêque de Québec, Mgr de Pontbriand, envoie le Récollet Simple Bocquet prendre charge d’une cure fixe à Pabos qui est désigné poste central. Son territoire apostolique s’étend de Kamouraska, sur la rive sud du Saint-Laurent, jusqu’à Chédiac, sur la côte est du Nouveau-Brunswick.
 
Il y a dans cette partie de la Gaspésie une population assez nombreuse et en droit de recevoir le soutien de la foi. Près d’une trentaine de maisons composent le village de Pabos et soixante autres habitations se trouvent à Grande-Rivière, le bourg voisin. Une église est construite sur l’île Beau-Séjour, dans la baie du Grand-Pabos, et probablement aussi une chapelle à Grande-Rivière, compte tenu du bassin de pêcheurs à l’œuvre à cet endroit. Les deux villages relèvent de la paroisse créée sous le vocable de Sainte-Famille de Pabos et pour laquelle des registres sont tenus de 1751 à 1758. 
 
Cette année 1758 marque la fin d’une époque tant pour la paroisse tenue par les Récollets que pour la seigneurie de Pabos et tous les postes de pêche de la côte gaspésienne. La Guerre de la Conquête amène les troupes anglaises en Gaspésie et celles-ci détruisent tout, mettant fin officiellement à la présence française en région.
 
 
Bibliographie :

Bacon, René. «L’œuvre missionnaire des Frères Mineurs – Récollets et Observants – en Nouvelle-France et au Canada». Chroniques et documents, vol. 45, 1993, p. 66-89.
Bélisle, Jean. Historique de Pabos. Montréal, Ministère des Affaires culturelles, 1980. 112 p., cartes, ill.
Hugolin, R. P. L'établissement des Récollets à l'Isle Percée 1673-1690. Québec, s. éd., 1912. 47 p.
Ouellet, Gérard. Chestien Leclercq - Nouvelle relation de la Gaspésie - Édition critique. Montréal, Éditions de l’Université de Montréal, 1999. 791 p., cartes, ill.
Valois, Jacques. « Michel Bruslé », Dictionnaire biographique du Canada, vol II, p. 111.
 
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